La représentation sociale de la sexualité

L’addiction sexuelle est un thème difficile à aborder car de puissants codes moraux mettent encore en doute l’existence d’une maladie liée aux excès de sexe. Si depuis une dizaine d’années, le domaine médical reconnaît la réalité de cette pathologie avec notamment l’apparition du terme d’addiction sexuelle, dans l’imaginaire collectif les dérives sexuelles restent associées à un vice, une perversion. S’affranchir de toutes nos représentations ainsi que de tout jugement de valeur, est nécessaire afin de tenter de comprendre ce qu’est réellement l’addiction au sexe. Le regard que nous portons sur la sexualité étant en grande partie conditionné par la société dans laquelle on vit, il est important de rendre compte des normes sociales actuelles en matière de sexualité avant de se pencher plus en détail sur le phénomène de l’addiction sexuelle.

L’ère de la « culture du désir sexuel »

Au cours de ces deux derniers siècles, la lutte pour l’accès au plaisir, la libération de la sexualité, en même temps que les combats pour l’égalité des sexes et pour le droit à la différence, ont profondément modifié notre rapport à la sexualité. Ce qui était indécent il y a cent ans est devenu la norme. On ne nous demande plus de réfréner nos désirs mais de les mettre au jour. La publicité, le cinéma, la télévision, internet et même certains romans tels que Fifty shades of grey véhiculent le même message, à savoir la recherche de plaisir et de sensations fortes comme composantes essentielles de notre vie. Seulement, il nous faudrait jouir, au sens large du terme, sans excès. Tout ce qui déborde de la norme est culpabilisé, et ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne la sexualité. De nouvelles problématiques émergent ainsi de cette entrée dans l’ère de la « culture du désir sexuel ».

La difficulté réside notamment, en ce qu’aujourd’hui, dogme religieux mise à part, la censure n’émane plus d’instances supérieure. C’est à l’individu qu’il incombe de se conduire en consommateur avisé, raisonnable. La seule autorité qui fixe encore des limites est celle de l’État avec les politiques de santé publique. Mais sa tendance à faire de tous nos excès une potentielle maladie peut aisément mener à diagnostiquer malade une personne ayant des conduites, qui au final, relèvent plus d’une activité sexuelle désirée, choisie et assumée. Une activité sexuelle riche, tant dans sa fréquence et ses pratiques que dans la diversité de ses fantasmes, n’est pas forcément signe de déviance. Il faut donc être vigilant quant à l’utilisation du terme d’addiction sexuelle, l’addiction faisant écho à une maladie non à des comportements qui ne correspondent pas à ceux de la majorité. Un grand nombre d’individus se croient ainsi addict au sexe alors qu’en réalité ils souffrent d’un conflit entre leurs désirs et la censure imposée par leurs croyances morales ou religieuses.

La sexualité selon le genre

Notons par ailleurs que si la révolution sexuelle a profité à beaucoup d’entre nous, des divergences persistent dans la représentation de la sexualité au féminin et au masculin. Bien qu’aujourd’hui la femme ait le plus souvent le droit d’exprimer et de vivre ses désirs sexuels sans craindre d’être jugée sur le bûcher des bonnes mœurs, ce n’est qu’avec l’accord tacite de la société que l’homme reste le sexe dominant. Autrement dit, s’il lui est permis d’assumer une sexualité libérée ce n’est que pour mieux séduire l’homme. La façon dont s’habillent certaines femmes, avec une mise en avant du corps toujours plus marquée, signe cette ambiguïté, car sous une apparente émancipation voire prise de pouvoir sur l’homme, cela reflète en réalité leur dépendance au regard et au désir de ces derniers. Plus parlant encore, il s’avère que hommes et femmes confondus tendent à penser que, par nature, les hommes auraient plus de besoins sexuels que les femmes. Ainsi, sous couvert de différences d’ordre biologique, on induit qu’il serait normal voire nécessaire que la femme se soumette aux besoins de l’homme, ce qui revient donc à légitimer des rapports de domination.

La pornographie

On retrouve toute cette idéologie de la sexualité homme/femme dans la pornographie, bastion de l’image de la femme-objet. Elle n’est pas sans conséquences sur la construction psychique des individus. En tant que principal mode d’éducation sexuelle, la pornographie envoie comme message au jeune homme qu’une sexualité normale et épanouie doit ressembler à ce qu’il voit à l’écran, soit des rapports dégradants de domination où l’on se doit d’être performant. Plus encore, elle véhicule l’idée que la femme aime et réclame ce type de rapports.

Au vu de ces éléments, il n’est donc pas étonnant de retrouver une très grande majorité d’hommes pris au piège dans des pratiques d’excès sexuels en tout genre : comportements sexuels violents, utilisation de la femme comme objet sexuel jetable, consommation excessive de pornographie pour fuir des relations avec des partenaires réels où l’enjeu de la performance est trop important, etc. En se rendant complice de ce type d’agissements, la société est partie prenante de l’émergence de nouvelles pathologies telles que l’addiction sexuelle. Mais encore une fois, l’addiction sexuelle est devenue un terme générique, employé à tort et à travers, dès lors que nos pratiques ou nos fantasmes ne collent pas aux normes de la majorité. Pourtant, une activité sexuelle riche, tant dans sa fréquence et ses pratiques que dans la diversité de ses fantasmes, parfois mêmes inavouables, peut être un indicateur de bonne santé mentale. Il faut donc être prudent avec les diagnostics trop hâtifs, il existe une vraie différence entre des comportements que l’on peut qualifier d’hypersexuels et une véritable addiction au sexe.

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