L’origine de l’addiction sexuelle

Carences affectives

L’attachement addictif à une drogue ou à une conduite vient souvent combler une pathologie du lien avec les premiers objets d’attachement, c’est à dire les parents ou substituts parentaux. Qu’il s’agisse de carences affectives, de deuil, de négligences, de maltraitance ou encore d’inceste, l’enfant insuffisamment sécurisé par les adultes censés en prendre soin ne va pas être en mesure, en grandissant, d’investir de façon saine de nouveaux objets d’attachement (partenaires amoureux). Il a construit l’idée que l’amour est dangereux et que pour ne pas détruire ou être détruit il faut s’en protéger. C’est donc dans un soucis d’auto-préservation que l’enfant devenu adulte évitera les relations amoureuses et orientera sa sexualité vers des pratiques ne faisant intervenir aucun affect : masturbation devant des vidéos pornographiques ou rapport sexuels avec des partenaires objectifiés.

Mais ce manque affectif finit lui-même par devenir source de souffrance et, mis face à son incapacité à nouer un lien amoureux, l’individu se réfugie dans la seule chose qui le soulage : le sexe. Les rapports sexuels sont souvent très ritualisés, la préparation, l’acte lui-même et l’après, suivent un mode opératoire quasi identique. Cette séquence comportementale prévisible est rassurante puisqu’elle se substitue à l’incertitude des relations humaines. Pourtant, à mesure qu’elle va répéter cette séquence, la personne prendra conscience du caractère mécanique et désincarné de sa sexualité ce qui ne fera que renforcer sa détresse.

Psychotraumatisme

L’addiction au sexe peut aussi venir en réponse au traumatisme d’une agression sexuelle. La personne va alors utiliser le sexe comme moyen de dissociation. Dans le champ du psychotraumatisme, la dissociation est un mécanisme de défense qui permet de se déconnecter de ses émotions et du souvenir obsédant de l’événement traumatique. En rappelant à la mémoire le traumatisme, le rapport sexuel a le pouvoir de dissocier immédiatement la personne. Parce que le cerveau sera en état de stress dépassé, il va spontanément se déconnecter, comme s’il subissait un court-circuit. Le circuit émotionnel et le circuit de la mémoire disjonctent donc aussi sur-le-champ. Grâce à cette anesthésie cérébrale, le souvenir intrusif de l’agression ainsi que les émotions douloureuses qui l’accompagnent vont être remplacés par un vide apaisant. La personne n’éprouvera plus la culpabilité de mériter ce qui lui arrive puisqu’elle va s’abîmer de son plein gré dans des fantasmes violents et glauques, la honte de ne pas valoir mieux que ce corps endommagé que l’on peut maltraiter à loisir, et plus généralement des sentiments de dégoût de soi et de la vie. Elle réalise rapidement que pour vivre dans un état continuellement anesthésié, il lui suffit de s’exposer de manière répétitive au situations ayant le pouvoir de la dissocier. Une fois la dépendance installée, il lui devient alors impossible de faire le lien entre ses conduites et l’agression sexuelle passée.

Relations fusionnelles

Le développement d’une addiction sexuelle peut aussi être la conséquence de rapports trop fusionnels avec les parents. En renvoyant à l’enfant l’image d’un être fragile et incapable d’être indépendant, les parents s’assurent qu’il ne se séparera jamais d’eux. Il est fréquent que ces enfants, une fois adolescents, mettent à mal l’enfant idéal fantasmé par les parents en fuyant dans des conduites transgressives. Cette attitude a pour objectif de provoquer une séparation qu’ils ressentent comme salvatrice. Seulement, pour certains, la séparation désirée sera tellement angoissante qu’ils se réfugieront dans un produit ou une conduite capables de remplacer leur dépendance affective aux parents par une autre dépendance. Le sexe devant un écran ou avec des partenaires interchangeables répond parfaitement à l’ambivalence de ces adolescents puisqu’il est à la fois une conduite transgressive en mesure de les éloigner de l’amour parental et une barrière au lien amoureux authentique pouvant provoquer la perte de l’amour parental.

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