Traiter l’addiction sexuelle

L’addiction sexuelle, comme le jeu pathologique, des achats compulsif, l’addiction au sport etc., fait partie de la catégorie des addictions comportementales. Si le mécanisme addictif est le même pour toutes ces pathologies, chacune présente des caractéristiques qui lui sont propres.

La difficulté dans la dépendance sexuelle est de définir la frontière entre la maladie et l’excès. Car s’il est légitime de traiter une maladie, qu’en est-il de l’excès?

Dans le domaine de la sexualité on a tendance à considérer des mauvaises habitudes ou des excès comme des maladies, à confondre hypersexualité et dépendance sexuelle. Cet amalgame tient du fait que notre rapport à la sexualité est conditionné par des règles morales, sociales et religieuses. Il est plus confortable d’être considéré aux yeux de tous et des siens propres comme malade plutôt que déviant.

La question est donc de savoir où se situe la frontière entre le normal et le pathologique pouvant justifier le recours aux soins. En fait, seule la personne concernée peut répondre à cette question car elle seule est capable de déterminer si elle souffre ou non de son comportement, si elle souffre ou non de son incapacité à mettre fin à sa dépendance.

Il existe de multiples façons d’aborder l’addiction, de venir en aide à une personne dépendante. Il n’y a cependant pas de vérité absolue en terme de traitement, seul la personne concernée peut dire avec certitude qu’un traitement lui convient.

Les groupes d’entraide

Les groupes d’entraide tel que les Dépendant Affectifs et Sexuels Anonymes (DASA) vont avoir un puissant pouvoir thérapeutique sur certaines personnes, le rôle du thérapeute étant souvent tenu par le « parrain » ou la « marraine ».

Ces groupes présentent des bienfaits non négligeables. Ils permettent notamment aux personnes dépendantes de sortir de leur isolement et de nouer des liens affectifs avec autrui. Pour certains c’est la dimension spirituelle qui va être salvatrice. Pour d’autres, ils représentent une alternative au parcours médical dont ils se sont lassés ou refusent d’y avoir recours.

Le soucis est que parfois la dépendance va se déplacer sur le groupe voire un des membre du groupe que l’on va vouloir « sauver ». En outre, nouer des liens affectifs forts avec des personnes en aussi grande vulnérabilité que soi-même n’est pas toujours salvateur. Une autre critique que l’on pourrait émettre est la dramatisation que font ces groupe de la rechute, entraînant indubitablement des sentiments de honte et de culpabilité intenses.

Malgré cela, les groupes d’entraide sont, depuis 1935, le traitement le plus répandu de toutes les addictions au niveau mondial.

Les cliniques de désintoxication américaines

Très en vogue aux Etats-Unis, ces cliniques VIP (six semaines entre 40 000 et 65 000 euros pour une sex rehab) sont le reflet d’un modèle sociétal où la morale tient une place prépondérante. En effet, elles accueillent quantité de personnalités pour lesquelles on a fait de l’infidélité une maladie. Tiger Wood en est l’exemple le plus frappant. En se déclarant victime d’une addiction il a réussi à échapper aux accusations de mauvaise conduite et à susciter la compassion du peuple américain.

Aux Etats-Unis, l’adultère est considéré comme un problème de société, à l’instar de l’alcoolise ou de la toxicomanie. Les hommes infidèles sont étiquetés comme sexuellement dépendants (on a vu émerger des cellules d’assistance téléphonique pour les victimes d’adultère!). Outre l’infidélité, de nombreuses autres formes d’activités sexuelles sont également culpabilisées, notamment tout ce qui touche au cybersexe. Ce n’est pas étonnant que de nombreux Américains se bousculent dans ces onéreux centres de désintoxication, tant les critères d’une éventuelle maladie se sont élargis à de simples conduites sexuelles, discutables seulement moralement.

La simple indication d’un traitement est donc discutable pour ces personnes. Il parait en effet assez compliqué de soigner un malade qui ne l’est pas

Même en cas d’addiction sexuelle avérée, on peut aussi se poser la question de la légitimité d’un enfermement volontaire. Mis à part un risque vital (tentative de suicide par exemple), une dépression ou une désinsertion sociale, il y a peu d’indications à ce genre d’hospitalisation pour une dépendance sexuelle. En addictologie, l’hospitalisation n’est que rarement un impératif médial, les cures en ambulatoire ont des résultats tout à fait similaires.

En fait, ce que proposent ces cliniques surtout est un changement de contexte. En se coupant de notre environnement habituel on se protège de nos conduites devenues automatiques. Le problème est qu’une fois les conditions de vie antérieures retrouvées, on a toutes les chances de rechuter. Le travail doit se faire sur le long cours par une introspection, l’acquisition d’habiletés nouvelles, le dés-apprentissage de certains comportements, une restructuration de pensées étonnées, etc.

Une autre particularité de ces cliniques est que l’entourage est très présent dans la prise en charge. On peut se demander si, au final, ce ne sont pas eux qui sont en demande plutôt que la personne elle-même ; si la thérapie n’est pas en fait réalisée pour eux. Se pose ainsi la question de l’importance accordée à la normalisation sociale plutôt qu’à l’approche individuelle.

Enfin, on peut aussi émettre quelques doutes sur certains aspects de la prise en charge. Le régime est quasi militaire: levé à 5h30, puis série de thérapies individuelles et collectives toute la journée (8H30 de thérapie environ). La chasteté est de règle durant tout le séjour, masturbation incluse. Un travail intense sur la honte et l’aveu est effectué, avec au terme du séjour le « Disclosure Day » (littéralement « Le jour de la révélation« ) où les patients doivent avouer à leur entourage toutes leurs conquêtes une par une.

Le modèle français

En France, nous essayons de distinguer au mieux ce qui relève de la morale, du social, de la justice, et de la réelle pathologie. De même, nous portons une attention particulière à ce qui relève d’une dépendance ou d’excès.

Les excès peuvent parfois être sources de plaisir et bien-être, ou encore être la meilleure solution existentielle (temporaire ou non)  pour faire face à des conflits internes. Il est important de garder à l’esprit la dimension très subjective de ces conduites: les excès de certains constitueront une dépendance pour d’autres. Il faut pouvoir se libérer de la morale, la culture, les traditions pour émettre un jugement objectif, car construire une maladie va avoir des répercussions sur le regard social, mais aussi le regard que les personnes touchées portent sur elles-mêmes.

En France, les personnes présentant une addiction, que ce soit aux produits ou comportementale, sont prises en charge par les CSAPA (Centres de Soins, d’Accopagnement et de Prévention en Addictologie). Leur accès est gratuit, libre et anonyme.

La prise en charge proposée par ces centres est globale, c’est à dire aussi bien médicale, sociale que psychologique. La psychothérapie dispensée tend à être de plus en plus intégrative : elle va utiliser des méthodes issues de la psychanalyse, de la thérapie cognitive et comportementale, des thérapies systémiques… Les querelles d’écoles n’ont plus lieu d’être, il y a consensus pour dire que toutes les approches font preuve d’une certaine efficacité selon le moment de la prise en charge, la personnalité du patient, l’environnement dans lequel il vit, etc.

Des études ont même montré que le contenu théorique des thérapies est en soi assez peu important. Les éléments décisifs sont la persistance dans le traitement, la qualité de l’alliance thérapeutique (la relation de confiance patient/soignant), la qualité du thérapeute à entraîner l’adhésion du patient.

Souvent, les premiers temps de la thérapie sont centrés sur la conduite addictive, son contenu et ce qui la détermine au jour le jour. Il s’agit de comprendre ce qui, dans un site pornographique par exemple, est source de plaisir et de répétition, mais aussi de réfléchir à ce qui déclenche la conduite : sentiment d’ennui, d’incompétence, de frustration, situations de stress, de tension insupportables…

La thérapie des débuts est donc généralement cognitive et comportementale. Elle travaille sur les déterminants de la conduite, qu’il s’agisse de conditions environnementales, d’événements de vie, de représentations de croyances, etc. Des évaluations régulières et conseils peuvent être donnés pour aider le patient à freine ses conduites. Par exemple, pour les accros aux sites pornographiques:

  • installer un filtre sur l’ordinateur.
  • changer d’adresse électronique pour éviter les sollicitations.
  • en rester à la tâche que l’on voulait faire sur internet et ne pas commencer à surfer de manière automatique, ce qui ramène vers les sites pornographiques quasi systématiquement, par habitude.
  • viser l’arrêt complet de la consultation de ces sites dans un premier temps.
  • se réengager dans des activités sociales, culturelles ou sportives…

Avec l’aide de son thérapeute, le patient va se fixer un contrat semaine après semaine afin d’éviter progressivement les situations à risque. Un travail va aussi être effectué sur la prévention de la rechute. Il s’agit d’apprendre à repérer les situations à risque de rechute et à développer des stratégies alternatives pour éviter de « replonger ». Néanmoins, les rechutes sont normales et bénéfiques dans la mesure où elles vont permettre à la personne d’apprendre d’avantage sur son fonctionnement.

Dans un deuxième temps, on en vient à aborder des sujets plus personnels, profonds, sur le sens de l’addiction dans l’histoire du sujet. Ce travail se rapproche d’une thérapie psychanalytique. Assez souvent, un dépendant au sexe va évoquer, avec le temps, son sentiment de dépendance affective, ses choix ou non-choix amoureux, la façon dont depuis l’enfance il a construit des liens avec son entourage, etc. Ces questions vont se révéler aussi importantes que le problème initial, motif de consultation. La thérapie n’a pas pour seul but la disparition d’un symptôme ou d’une conduite, elle peut aussi devenir une quête de soi.

Dans certains cas, un traitement pharmacologique peut être prescrit en complément de la thérapie. Certains antidépresseurs dits sérotoninergiques ont en effet une action anti-compulsive. 

Mais le meilleur traitement reste bien souvent le temps. Ce sont les événements de vie (décès, naissances, mariages…) qui vont amener une personne à mûrir, à prendre du recul, à se remettre en question et à changer. On parle de « maturation spontanée » pour caractériser ces évolutions au fil de l’existence. Ce qui ne veut pas dire qu’elles se font facilement, sans efforts ou soutien psychologique.

Une psychothérapie est souvent nécessaire pour accompagner la personne dans ce processus de maturation, de réflexion sur soi, de remise en question. C’est la bienveillance du thérapeute, la relation de confiance que l’on entretient avec lui, sans jugement moral avec une parole libre et décomplexée, qui va permettre de trouver les ressources pour affronter son trouble.

Si vous pensez avoir un problème d'addiction sexuelle et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

3 réflexions au sujet de « Traiter l’addiction sexuelle »

  1. Bonjour.
    J’étais moi même un exhibitionniste hétéro .J’adorais me masturber tout nu devant des jeunes femmes .
    L’excitation passée, j’avais honte de mon comportement impudique .
    Je craignais les sanction judiciaires .Certes, je n’ai jamais été condamné .Pour échapper a la tyrannie de mes pulsions sexuelles je voulais être castré physiquement .J’ai longtemps manqué de détermination , car, ce n’est qu’ a la quarantaine que je trouvais la volonté de me séparer de mes testicules.
    Aujourd’hui je regrette seulement de n’avoir pas eu le courage « d’y passer  » plus tôt .La castration est réputée être une punition honteuse .En attendant, je ne me suis plus exhibé tout nu .
    C’est probablement une méthode définitive pour mettre fins a une addiction qui surprend ?

    1. Bonjour,

      Merci de votre commentaire.
      Cette décision n’appartient qu’à vous, personne ne peut en juger car elle vient en réponse à une souffrance psychique authentique, et je suis ravie de voir que vous ne la regrettez pas. Néanmoins, il serait dangereux d’en faire l’apologie car de nombreuses personnes ayant des perversions sexuelles, arrivent à l’aide d’un soutien psychologique (et aussi au prix d’efforts importants et d’une grande patience je vous l’accorde) à revenir à un comportement et des désirs dits « normaux ». J’ai rencontré des personnes pédophiles dont le désir sexuel a fini par évoluer pour se fixer sur des adultes et qui ont aujourd’hui une vie de famille des plus classique et qui sont sans danger pour les enfants. Je ne dis pas que c’est une mauvaise solution, je ne dis pas non plus que cela en est une bonne, il faut simplement être vigilent et prendre en compte la personnalité et le parcours de chacun avant de mettre en place une solution aussi radicale.

      Bien à vous,
      Léonor B.

  2. Bonjour.
    Merci pour votre réponse .
    Je pense que vous avez raisons de miser sur les thérapies ,mais, pour autant, je trouve anormal de répudier la castration physique ,comme le fait la loi .
    Par ailleurs, la castration physique,n’e doit pas être une punition,mais au contraire une méthode définitive pour mettre fin a une perversion sexuelle dangereuse .
    Cordialement .

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