L’origine de l’addiction sexuelle

Carences affectives

L’attachement addictif à une drogue ou à une conduite vient souvent combler une pathologie du lien avec les premiers objets d’attachement, c’est à dire les parents ou substituts parentaux. Qu’il s’agisse de carences affectives, de deuil, de négligences, de maltraitance ou encore d’inceste, l’enfant insuffisamment sécurisé par les adultes censés en prendre soin ne va pas être en mesure, en grandissant, d’investir de façon saine de nouveaux objets d’attachement (partenaires amoureux). Il a construit l’idée que l’amour est dangereux et que pour ne pas détruire ou être détruit il faut s’en protéger. C’est donc dans un soucis d’auto-préservation que l’enfant devenu adulte évitera les relations amoureuses et orientera sa sexualité vers des pratiques ne faisant intervenir aucun affect : masturbation devant des vidéos pornographiques ou rapport sexuels avec des partenaires objectifiés.

Mais ce manque affectif finit lui-même par devenir source de souffrance et, mis face à son incapacité à nouer un lien amoureux, l’individu se réfugie dans la seule chose qui le soulage : le sexe. Les rapports sexuels sont souvent très ritualisés, la préparation, l’acte lui-même et l’après, suivent un mode opératoire quasi identique. Cette séquence comportementale prévisible est rassurante puisqu’elle se substitue à l’incertitude des relations humaines. Pourtant, à mesure qu’elle va répéter cette séquence, la personne prendra conscience du caractère mécanique et désincarné de sa sexualité ce qui ne fera que renforcer sa détresse.

Psychotraumatisme

L’addiction au sexe peut aussi venir en réponse au traumatisme d’une agression sexuelle. La personne va alors utiliser le sexe comme moyen de dissociation. Dans le champ du psychotraumatisme, la dissociation est un mécanisme de défense qui permet de se déconnecter de ses émotions et du souvenir obsédant de l’événement traumatique. En rappelant à la mémoire le traumatisme, le rapport sexuel a le pouvoir de dissocier immédiatement la personne. Parce que le cerveau sera en état de stress dépassé, il va spontanément se déconnecter, comme s’il subissait un court-circuit. Le circuit émotionnel et le circuit de la mémoire disjonctent donc aussi sur-le-champ. Grâce à cette anesthésie cérébrale, le souvenir intrusif de l’agression ainsi que les émotions douloureuses qui l’accompagnent vont être remplacés par un vide apaisant. La personne n’éprouvera plus la culpabilité de mériter ce qui lui arrive puisqu’elle va s’abîmer de son plein gré dans des fantasmes violents et glauques, la honte de ne pas valoir mieux que ce corps endommagé que l’on peut maltraiter à loisir, et plus généralement des sentiments de dégoût de soi et de la vie. Elle réalise rapidement que pour vivre dans un état continuellement anesthésié, il lui suffit de s’exposer de manière répétitive au situations ayant le pouvoir de la dissocier. Une fois la dépendance installée, il lui devient alors impossible de faire le lien entre ses conduites et l’agression sexuelle passée.

Relations fusionnelles

Le développement d’une addiction sexuelle peut aussi être la conséquence de rapports trop fusionnels avec les parents. En renvoyant à l’enfant l’image d’un être fragile et incapable d’être indépendant, les parents s’assurent qu’il ne se séparera jamais d’eux. Il est fréquent que ces enfants, une fois adolescents, mettent à mal l’enfant idéal fantasmé par les parents en fuyant dans des conduites transgressives. Cette attitude a pour objectif de provoquer une séparation qu’ils ressentent comme salvatrice. Seulement, pour certains, la séparation désirée sera tellement angoissante qu’ils se réfugieront dans un produit ou une conduite capables de remplacer leur dépendance affective aux parents par une autre dépendance. Le sexe devant un écran ou avec des partenaires interchangeables répond parfaitement à l’ambivalence de ces adolescents puisqu’il est à la fois une conduite transgressive en mesure de les éloigner de l’amour parental et une barrière au lien amoureux authentique pouvant provoquer la perte de l’amour parental.

Hypersexualité, addiction sexuelle et traits de personnalité

Parmi les traits de personnalité qui caractérisent le mieux les personnes hypersexuelles et addicts au sexe se trouve la recherche de sensations. Selon la définition de Zuckerman, ce trait implique « le besoin d’expériences et de sensations variées, nouvelles, complexes, et la volonté de s’engager dans des activités physiques et sociales risquées, expériences recherchées pour elles-mêmes ». La recherche de sensations est ainsi la première explication de nos différences d’attitudes envers le hasard et le risque : c’est par besoin de fortes stimulations que l’on s’exposerait à des situations dangereuses. La prise de risque est vécue comme une épreuve que l’on peut traverser avec succès, voire à l’extrême comme une séquence de mort suivie de résurrection. C’est le principe des conduites ordaliques : risquer sa vie au sens littéral ou figuré, s’en remettre au hasard, à la chance, pour en sortir victorieux, prêt à une nouvelle vie.

Cette mise en danger a toujours deux facettes : abandon ou soumission au verdict du destin, mais aussi tentative de maîtrise, de reprise du contrôle de sa vie. Il s’agit d’un risque choisi et non subi, les personnes en attendent un mieux-être même s’il n’est pas forcément conscient. La notion même de mise en danger est biaisée car elles ont le sentiment de maîtriser la situation, ce qui modifie nécessairement leur rapport au risque.

Le risque peut être de différentes natures : risque mortel au sens propre ou mort symbolique familiale, sociale ou professionnelle. Il existe ainsi une part transgressive d’une forme de loi sociale dans cette fuite en avant. On élude les choses censées nous rendre heureux aux yeux de la société, les messages de santé publique de prévention pour certains, on remet en cause la loi établie pour interroger une loi supérieure divine. Cet attrait pour la transgression rejoint la recherche de sensations dans le sens où transgresser procure pour certains un sentiment d’excitation.

C’est bien sûr dans l’histoire personnelle de la personne qu’il faut chercher le sens des conduites ordaliques. Généralement, il s’agit de tentatives de réparation de carences infantiles ou bien d’une réaction à la suite d’un événement traumatique où la personne a cru mourir. L’individu va interroger le destin ou le hasard pour justifier son droit à vivre, il va tenter de fonder la légitimité de sa propre existence, de prouver sa valeur, dans une démarche solitaire en se confrontant à la loi morale, sociale ou judiciaire.

L’addiction sexuelle

L’addiction peut se définir comme « la perte de la liberté de s’abstenir ». Autrement dit, ce qui caractérise l’addict c’est le fait d’être esclave d’un produit ou d’un comportement. Dans l’addiction sexuelle, la consultation frénétique de sites pornographiques ou la multiplication d’aventures sexuelles devient compulsive, c’est à dire que des forces intérieures poussent la personne à avoir recours au sexe : il lui est donc impossible d’y résister. Une fois l’acte sexuel accompli, à peine soulagée, elle est de nouveau en proie à l’insatisfaction et donc à l’impérieux besoin de recommencer.

Le processus de l’addiction

Quelle que soit l’addiction, tout commence par une expérimentation. Cette expérience initiale a souvent fonction de révélation, c’est pourquoi la personne va vouloir la reproduire. Dans un premier temps, ce sera de manière occasionnelle, dans un contexte récréatif, puis, par la suite, l’escalade dans les difficultés existentielles va la pousser à répéter cette expérience jusqu’à en perdre le contrôle. Elle devient alors une réponse nécessaire pour aller moins mal, la dimension de plaisir s’efface progressivement au profit de la recherche du soulagement immédiat.

En s’imposant ainsi à la personne, la conduite elle-même devient source de souffrance. L’addict est en proie à des sentiments de honte, de culpabilité ou encore de profond désespoir face à son incapacité à mettre fin à un comportement qu’il réprouve. S’il n’arrive à se passer de sexe c’est parce qu’un manque physique et psychique insupportable se fait ressentir dès qu’il en est privé : sensation de devenir fou, perte de contrôle de ses émotions, pensées envahies par des images relatives au sexe, bouffées de chaleur, mâchoire crispée, cauchemars, insomnies, etc.

Pour anesthésier ces nouvelles angoisses venues renforcer celles déjà préexistantes, l’individu va se réfugier dans une fuite en avant, répétant inlassablement les même conduites, apaisantes à court terme mais problématiques à long terme. Il est ainsi pris au piège d’un comportement dont il est à la fois l’auteur et la victime. Au problème à l’origine de la conduite s’est substitué un plus gros problème : celui de la conduite elle-même. La personne n’est plus en mesure de penser aux raisons qui l’ont poussée à avoir recours au sexe comme moyen de soulagement tant elle est prise dans une spirale infernale où ses conduites sont à la fois l’unique solution à ses yeux en même temps que son plus grand problème.

Les conduites addictives apparaissent souvent à l’adolescence et tendent à évoluer au cours de la vie. Elles fonctionnent généralement en réseau : on est rarement addict à un seul produit ou comportement. On peut par exemple être addict au cannabis et aux jeux vidéos à l’adolescence, déplacer son addiction sur la cigarette, la cocaïne et le sexe au début de l’âge adulte, puis se perdre dans les jeux de hasard et l’alcool. L’addiction est donc un processus bien ancré et auto-destructeur, signe d’une fuite de soi et de la vie plutôt que de problèmes passagers.

La sévérité de l’addiction

Le trouble addictif peut être plus ou moins sévère. Les personnes les plus vulnérables sont celles pour qui l’engloutissement est tel qu’elles finissent par désinvestir toutes les autres sphères de leur vie : sociale, familiale, professionnelle. Plus rien ne compte en dehors du plaisir et du soulagement procuré par le sexe. Les préoccupations sexuelles deviennent si envahissantes que l’individu n’est plus en mesure de se concentrer sur quoi que ce soit d’autre. L’essentiel de son temps est consacré à séduire, à parcourir internet à la recherche de vidéos pornographiques ou de partenaires sexuels, puis à passer à l’acte.

Un autre marqueur de sévérité réside dans l’escalade dans les fantasmes. Ce qui excitait au début ne suffit plus, le contenu des vidéos pornographiques est de plus en plus hard, les pratiques sexuelles de plus en plus extrêmes. La personne est progressivement happée par un univers sexuel violent et lugubre qui la rebute mais dont elle ne peut s’échapper. Pour certains, cela peut aller jusqu’à la consommation de pédopornographie. Cette violation de la loi constitue souvent un motif de consultation : la personne a franchi une limite qui l’effraie, aussi bien sur le plan psychologique (elles craint avoir développé des tendances pédophiles) que légal (elle vit dans la peur d’être appréhendé par la justice). Le roman d’Hubert Selby, Le Démon, illustre bien cette descente aux enfers née d’une insatisfaction permanente, d’un mal-être impossible à combler, qui poussent le personnage aller chercher toujours plus loin de quoi se soulager.

Plus l’addiction est sévère, plus la personne va ressentir les effets du manque. Le syndrome de sevrage est le même que dans l’addiction à une substance : l’individu est en proie à un mal être physique et psychique insupportable. Dans les addictions légères, le manque se manifeste principalement au niveau psychologique. L’angoisse ressentie est importante mais le sujet est en mesure d’attendre qu’elle se dissipe sans se sentir trop paralysé. Il lui est ainsi possible de vivre des périodes plus ou moins longues sans sexe. Dans les addictions sévères, le manque est à la fois physique (sudation, tremblements, perte d’appétit, cauchemars, insomnies, etc.) et psychique (angoisses anéantissantes). La personne ne peut plus maîtriser ni ses pensées ni ses émotions, elle se sent dépossédée de son être. Elle croit devenir folle et la mort s’impose comme seule issue possible. Chez ces addicts sévères, le sexe fait donc office de protection face à un effondrement massif voire une mort certaine. Les rechutes sont fréquentes car il leur est impossible de résister très longtemps au besoin de sexe.

Néanmoins, le faible degré de sévérité ne doit pas servir à mettre en doute l’existence de la pathologie. Il serait malavisé de définir un seuil à partir duquel une consommation de sexe peut être considérée comme pathologique. La seule limite fiable, qui fait basculer dans le registre d’une addiction, réside dans la demande du sujet. Lui seul est en mesure de dire s’il souffre d’un comportement dont il se sent l’esclave au point de ne pas arriver à y mettre fin sans aide extérieure.

L’hypersexualité

L’hypersexualité pourrait se définir comme une activité sexuelle soutenue source de plaisir et d’épanouissement, nécessaire à l’équilibre psychique de la personne. C’est un comportement sain dans le sens où il est adapté à la personnalité de l’individu, à ses envies, à ses besoins. Dans la majorité des cas,  il s’agit d’un choix de vie personnel, aucunement source de souffrance. Si certains peuvent ressentir un mal-être vis à vis de leurs conduites sexuelles, c’est souvent parce qu’elles entrent en conflit avec des valeurs morales ou religieuses. Cette détresse ne doit pas être confondue avec celle de l’addict sexuel qui dépasse largement les interrogations relatives à l’éthique personnelle.

Les fondements de l’hypersexualité 

Les mécanismes psychologiques qui sous-tendent ce type de conduites sont très variables d’un individu à l’autre. Une activité sexuelle riche peut être une manière de combler l’ennui, de relâcher la pression, de fuir un quotidien monotone. Elle peut aussi constituer un moyen de  réassurance sur ses performances, sur sa capacité de séduction. Nombreux sont ceux qui, à travers des aventures passagères fuient des problèmes de couple (liés notamment à une perte de désir) , ou qui, à l’inverse, tentent de protéger un lien amoureux d’un appétit sexuel ne pouvant être comblé par un seul partenaire. Ces aventures sans lendemain peuvent être tendres et affectueuses ou bien déshumanisées, dans ce cas l’autre n’est qu’un objet de satisfaction de son propre plaisir. Cette dimension objectale de la relation n’est pas problématique chez l’hypersexuel qui reste par ailleurs capable d’investir profondément et durablement une relation ; ce qui n’est pas le cas pour l’addict dont les carences au niveau de l’attachement viennent immanquablement perturber le lien à l’autre.

Pour certains, le recours à la pornographie ou à des partenaires auxquels ils sont sûrs de ne pas s’attacher peut faire office de barrière contre toute tentation d’un nouveau lien externe. La pornographie peut aussi constituer un moyen de se livrer en fantasme à des pratiques que l’on n’assumerait pas dans la réalité, tout comme le choix de clubs spécialisés peut permettre de réaliser des fantasmes inassouvissables avec son conjoint.

Il est possible de voir dans la quête de gratifications sexuelles l’expression d’une insatisfaction permanente où le besoin d’avoir toujours plus implique de laisser libre cours à ses pulsions ; ne rien s’interdire. Précisons qu’il y a une différence entre laisser libre cours à ses pulsions et être, comme l’addict, dans l’incapacité à les réfréner. Cette caractéristique de la personnalité est souvent retrouvée chez les personnes de pouvoir. Le pouvoir est un fabuleux aphrodisiaque, beaucoup s’en servent pour se placer au-dessus des lois, qu’elles soient morales ou juridiques, et la sexualité n’échappe pas à cette inclinaison.

Le risque de glissement

Un comportement hypersexuel peut être un choix de mode de vie durable ou bien  correspondre à une période particulière de l’existence. Parfois il arrive qu’il soit l’amorce de difficultés à venir et glisse ainsi vers une addiction. D’une démarche volontaire pour le plaisir, au fil des années, on passe à une conduite compulsive, échappant à la volonté, davantage dans le registre du soulagement. Les mécanismes de défenses autrefois adaptées ne suffisent plus pour assurer l’équilibre psychique de la personne et elle va trouver dans le sexe une échappatoire aux conflits majeurs émergents.

La représentation sociale de la sexualité

L’addiction sexuelle est un thème difficile à aborder car de puissants codes moraux mettent encore en doute l’existence d’une maladie liée aux excès de sexe. Si depuis une dizaine d’années, le domaine médical reconnaît la réalité de cette pathologie avec notamment l’apparition du terme d’addiction sexuelle, dans l’imaginaire collectif les dérives sexuelles restent associées à un vice, une perversion. S’affranchir de toutes nos représentations ainsi que de tout jugement de valeur, est nécessaire afin de tenter de comprendre ce qu’est réellement l’addiction au sexe. Le regard que nous portons sur la sexualité étant en grande partie conditionné par la société dans laquelle on vit, il est important de rendre compte des normes sociales actuelles en matière de sexualité avant de se pencher plus en détail sur le phénomène de l’addiction sexuelle.

L’ère de la « culture du désir sexuel »

Au cours de ces deux derniers siècles, la lutte pour l’accès au plaisir, la libération de la sexualité, en même temps que les combats pour l’égalité des sexes et pour le droit à la différence, ont profondément modifié notre rapport à la sexualité. Ce qui était indécent il y a cent ans est devenu la norme. On ne nous demande plus de réfréner nos désirs mais de les mettre au jour. La publicité, le cinéma, la télévision, internet et même certains romans tels que Fifty shades of grey véhiculent le même message, à savoir la recherche de plaisir et de sensations fortes comme composantes essentielles de notre vie. Seulement, il nous faudrait jouir, au sens large du terme, sans excès. Tout ce qui déborde de la norme est culpabilisé, et ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne la sexualité. De nouvelles problématiques émergent ainsi de cette entrée dans l’ère de la « culture du désir sexuel ».

La difficulté réside notamment, en ce qu’aujourd’hui, dogme religieux mise à part, la censure n’émane plus d’instances supérieure. C’est à l’individu qu’il incombe de se conduire en consommateur avisé, raisonnable. La seule autorité qui fixe encore des limites est celle de l’État avec les politiques de santé publique. Mais sa tendance à faire de tous nos excès une potentielle maladie peut aisément mener à diagnostiquer malade une personne ayant des conduites, qui au final, relèvent plus d’une activité sexuelle désirée, choisie et assumée. Une activité sexuelle riche, tant dans sa fréquence et ses pratiques que dans la diversité de ses fantasmes, n’est pas forcément signe de déviance. Il faut donc être vigilant quant à l’utilisation du terme d’addiction sexuelle, l’addiction faisant écho à une maladie non à des comportements qui ne correspondent pas à ceux de la majorité. Un grand nombre d’individus se croient ainsi addict au sexe alors qu’en réalité ils souffrent d’un conflit entre leurs désirs et la censure imposée par leurs croyances morales ou religieuses.

La sexualité selon le genre

Notons par ailleurs que si la révolution sexuelle a profité à beaucoup d’entre nous, des divergences persistent dans la représentation de la sexualité au féminin et au masculin. Bien qu’aujourd’hui la femme ait le plus souvent le droit d’exprimer et de vivre ses désirs sexuels sans craindre d’être jugée sur le bûcher des bonnes mœurs, ce n’est qu’avec l’accord tacite de la société que l’homme reste le sexe dominant. Autrement dit, s’il lui est permis d’assumer une sexualité libérée ce n’est que pour mieux séduire l’homme. La façon dont s’habillent certaines femmes, avec une mise en avant du corps toujours plus marquée, signe cette ambiguïté, car sous une apparente émancipation voire prise de pouvoir sur l’homme, cela reflète en réalité leur dépendance au regard et au désir de ces derniers. Plus parlant encore, il s’avère que hommes et femmes confondus tendent à penser que, par nature, les hommes auraient plus de besoins sexuels que les femmes. Ainsi, sous couvert de différences d’ordre biologique, on induit qu’il serait normal voire nécessaire que la femme se soumette aux besoins de l’homme, ce qui revient donc à légitimer des rapports de domination.

La pornographie

On retrouve toute cette idéologie de la sexualité homme/femme dans la pornographie, bastion de l’image de la femme-objet. Elle n’est pas sans conséquences sur la construction psychique des individus. En tant que principal mode d’éducation sexuelle, la pornographie envoie comme message au jeune homme qu’une sexualité normale et épanouie doit ressembler à ce qu’il voit à l’écran, soit des rapports dégradants de domination où l’on se doit d’être performant. Plus encore, elle véhicule l’idée que la femme aime et réclame ce type de rapports.

Au vu de ces éléments, il n’est donc pas étonnant de retrouver une très grande majorité d’hommes pris au piège dans des pratiques d’excès sexuels en tout genre : comportements sexuels violents, utilisation de la femme comme objet sexuel jetable, consommation excessive de pornographie pour fuir des relations avec des partenaires réels où l’enjeu de la performance est trop important, etc. En se rendant complice de ce type d’agissements, la société est partie prenante de l’émergence de nouvelles pathologies telles que l’addiction sexuelle. Mais encore une fois, l’addiction sexuelle est devenue un terme générique, employé à tort et à travers, dès lors que nos pratiques ou nos fantasmes ne collent pas aux normes de la majorité. Pourtant, une activité sexuelle riche, tant dans sa fréquence et ses pratiques que dans la diversité de ses fantasmes, parfois mêmes inavouables, peut être un indicateur de bonne santé mentale. Il faut donc être prudent avec les diagnostics trop hâtifs, il existe une vraie différence entre des comportements que l’on peut qualifier d’hypersexuels et une véritable addiction au sexe.

Les relations fusionnelles

Qu’est ce qu’une relation fusionnelle?

Une relation fusionnelle implique que l’on inclut l’autre en soi, on a un besoin impérieux que l’autre soit là, il est omniprésent dans nos pensées et dans nos actes. On se sent exister qu’à travers l’autre, si l’autre est absent physiquement alors il n’y a plus de lien. On vit dans un monde clos et restreint pour être en contact permanent avec l’autre. On voit ce qui vient de l’extérieur comme menaçant cette relation exclusive à l’autre. 

Les deux protagonistes de la relation finissent par voir, penser, ressentir, entendre la même chose ; si bien que ce qui fait souffrir l’un, fait souffrir l’autre avec la même intensité. Il n’y a pas de distance. Souvent, comme cette souffrance est due à l’autre, elle finit par se retourner contre soi : je vois que tu souffres donc moi aussi je souffre, tu souffres à cause de moi donc je souffre aussi à cause de moi. Ceci explique pourquoi les personnes fusionnelles sont mues par une rage intérieure, une colère terrible dirigée contre eux-même pouvant conduire à des passages à l’acte auto-agressifs. 

Cette construction identitaire commune ne se fait toujours pas naturellement : un des deux peut forcer l’autre à penser comme soi, le pousser à se comporter de la même façon, à partager les mêmes activités, à avoir des centres d’intérêt identiques, bref, à partager la même vie. Dans ce cas, la relation fusionnelle est doublée d’une relation d’emprise.

Les couples fusionnels se construisent dans une co-dépendance. Ces personnes ne peuvent être avec quelqu’un de libre car le « désaccordage » avec autrui fait trop souffrir. Pour ne pas souffrir de ce que l’on ne peut avoir, le meilleur moyen reste d’en nier l’existence. C’est pour cette raison qu’une personne fusionnelle considère que ce qui est placé en elle existe par elle et pour elle, ce qui est placé en dehors n’existe pas. Comme ces personnes ont l’impression d’être tout, donc de savoir tout et de pouvoir tout dans la relation à l’autre, si quelqu’un remet en cause cette croyance fondamentale, elles vont chercher à l’exclure de leur univers.

Quelle est l’origine d’une personnalité fusionnelle?

On entre ici dans l’interprétation des causes, ce qui est un terrain glissant car il n’y a pas de cause claire et précise à une problématique psychologique. Chaque personne étant singulière, il y a donc autant d’individus qu’il existe d’explications à un comportement.

Néanmoins, on peut avancer sans trop de risque que les rapports de dépendance se nouent entre des personnes qui n’ont généralement pas pu faire l’expérience d’une relation suffisamment bonne et fiable avec un parent bienveillant lorsqu’elles étaient enfants. La dépendance affective vient tenter en vain de combler artificiellement la carence fondatrice. L’enfant qui n’arrive pas à combler le vide affectif, peut devenir « dévorant », avide de tout ce qui pourrait le remplir (nourriture, jeux…). Une fois adulte, la relation à l’autre suivra ce même chemin et se fera sur le mode de la convoitise car la voracité n’aura pas été transformée en désir de connaître l’autre à travers les échanges de paroles. L’autre est englouti comme on englouti de la nourriture pour se sentir rassasié, il sert à satisfaire un besoin, un manque, un vide.

Ainsi, ce choix de relation vient généralement en réponse à des angoisses intenses face à la mort, la solitude, l’abandon, la séparation, ou encore la peur de disparaître ayant pris racine dans l’enfance. On met en place ce système pour se sentir en sécurité.

Mais encore une fois, cette explication ne peut suffire à elle seule pour expliquer une problématique aussi complexe que la dépendance affective. Il faut prendre en compte les particularités de chaque parcours de vie, la personnalité que l’individu s’est construite, son tempérament (la part innée de la personnalité), afin de comprendre d’où vient un tel besoin affectif.

Peut-on s’épanouir dans ce type de relation?

Généralement, cette fusion est rassurante au début, puis elle devient progressivement source de malaise où émergent conflits et rancœurs car l’être humain ne peut pas vivre une relation épanouie sans moments d’indépendance et de solitude. Ce replis pour se retrouver avec soi-même est indispensable car lorsqu’on se fond en l’autre, il devient difficile de se sentir exister. D’un côté on ne peut plus se passer de l’autre par crainte de ne plus savoir où on va, ce que l’on aime, qui on est, mais en réalité c’est la relation fusionnelle qui engendre ce sentiment de perte identitaire. C’est un cercle vicieux, on se colle à l’autre pour se sentir en sécurité, mais comme ce mode relationnel n’est pas viable sur le long terme, arrive un moment où il menace de s’écrouler, ce qui ne fait que renforcer le sentiment d’insécurité.

En outre, le plus souvent, les liens fusionnels se mettent en place entre personnes souffrant des mêmes angoisses insupportables, dues aux mêmes carences fondatrices, ce qui augmente le risque d’issue malheureuse à la rencontre et redouble la croyance d’une fatalité à être abandonné.

Lorsque la relation fusionnelle prend la forme d’un lien protecteur d’une personne envers une autre, même si cela a l’apparence bienveillante d’une volonté de protection, l’autre partenaire est progressivement envahi par un malaise diffus. Il se sent étouffé. Le fait de vouloir protéger l’autre a malheureusement souvent pour conséquence, même inconsciemment, de se situer en position de supériorité : protéger devient alors aussi savoir ou pouvoir mieux que l’autre, puis dire et faire à la place de l’autre. Le rôle de protecteur est nécessaire pour l’un des deux car ce n’est que comme cela qu’il se sent exister, c’est avec ce statut qu’il s’est construit son identité. Il va donc se mettre en couple avec une personne qui a un besoin vital de lui, dont il suppose qu’elle ne partira pas tant qu’il lui prodiguera soins et attention. Mais cette attitude ne fait que renvoyer à l’autre sa grande dépendance, son incapacité à être autonome, à exister seul.

Pourquoi reste-t-on dans cette situation si on s’y sent mal?

Il existe de nombreuses réponses à cette question, ce qui vient immédiatement à l’esprit est la peur de l’inconnu, de la solitude. Pour certains, l’apprentissage de la solitude n’a pas pu avoir lieu, ils se croient complètement incapables de vivre seuls. Ils préfèrent être avec une personne qu’ils n’aiment pas, n’apprécient ou ne supportent pas, plutôt que de se retrouver seuls.

Parfois, les personnes ont l’illusion que le mariage peut apporter une libération par rapport à la famille d’origine. Le conjoint aide à échapper à un passé douloureux, à des parents trop encombrants, à une fratrie envahissante. Si on le quittait alors cela voudrait dire revenir sous l’emprise de sa famille. Mais le conjoint ne peut accomplir cette démarche d’émancipation à la place de la personne, cet affranchissement ne peut se conquérir que par soi-même en prenant de réelles distances, en dehors de toute forme de servitude ou de clan

Plus subtilement, certaines personnes vont tirer des bénéfices d’une relation fusionnelle. Une relation fusionnelle peut en effet avoir pour objectif de se mettre en valeur grâce à ce qu’elle peut représenter de positif et d’enviable aux yeux des autres. On peut se sentir par exemple valorisé par le rôle protecteur que l’on a vis à vis de l’autre. Sans ça, la confiance que l’on a en nous peut s’effondrer, cela devient donc un besoin de s’occuper de l’autre. S’occuper de l’autre suppose choisir quelqu’un qui a besoin que l’on s’occupe de lui, c’est ainsi que se crée une relation d’interdépendance : chacun est à la fois protecteur et protégé, protégé parce que protecteur.

Ces personnes croient ne pouvoir trouver, non seulement une place, mais aussi une légitimité dans la relation que si elles se rendent et sont reconnues utiles. Ce qui est différent de prendre soin de l’autre et lui apporter du soutien sans s’enfermer dans un rôle. Là le soin porté à l’autre est systématique et occupe le centre de la relation. Cette activité d’aide semble la seule raison pour la personne d’exister. Derrière il y a souvent chercher à plaire pour se faire accepter. Si on se sent valorisé par ce statut c’est donc au prix d’un certain assujettissement. Mais à force de renoncer à être visible, à s’exposer et à s’affirmer, on ne peut vraiment exister. On finit par croire qu’on ne serait rien sans l’autre.

Cette situation est accentuée chez les personnes ayant une prédisposition sincère et profonde à la sollicitude, par exemple les personnes ayant eu une éducation religieuse. L’habitude de prendre soin de l’autre peut devenir un mode relationnel particulier, consistant à se mettre en permanence au service de l’autre. La servitude n’est pas loin, avec le risque de s’oublier et de se sacrifier, puis le danger de s’enliser dans une situation relationnelle inextricable, où chacun s’en veut tout en en voulant à l’autre et en continuant à profiter du système. C’est un cercle vicieux, tout en se détestant de plus en plus, les deux protagonistes sont aussi de plus en plus ligaturés l’un à l’autre, se font de plus en plus de critiques acerbes et d’amers reproches, se heurtent de plus en plus souvent et, en même temps, se sentent complètement perdus dès que l’autre n’est plus là, ne pouvant plus se passer de lui.

Enfin, pour de nombreuses personnes, la relation fusionnelle vient faire office de bouclier face à leur propre violence. Souvent, ces personnes disent faire leur maximum pour ne pas se mettre en colère car la rage tapie au fond d’elles même est si forte qu’elles pourraient tout casser. L’autre vient contenir, retenir leur violence. Pourtant, ce barrage relationnel ne les libère pas pour autant, il renforce en fait leur peur fondamentale : la peur de ne pas pouvoir exister sans faire disparaître les autres.

Que faire lorsqu’on est pris dans une relation de ce type?

Plutôt que de forger des liens tellement étroits qu’ils finissent par nous asphyxier, il vaut mieux prendre le temps de se poser quelques questions. Par exemple, la place qu’ont nos blessures dans nos relations, ou encore les peurs qui nous poussent à vouloir garder l’autre tout le temps près de soi. Mettre en lumière ces souffrances, ces peurs fondamentales, permettra de comprendre la façon dont on se situe dans la relation. Une fois ce travail effectué on pourra mieux vivre avec l’autre en transformant une relation fusionnelle en une relation de libre proximité, passer ainsi de la fusion à l’union, en devenant à la fois proches et libres.

En effet, la façon que nos avons d’être en relation avec les autres dépend de nos références, des idées que nous nous sommes forgées sur l’autre, des croyances que nous avons sur la relation et, aussi, de notre conception du bonheur et du malheur, en lien avec notre représentation du monde. Pour lever les souffrances dues à ce type de relation il faut changer de perspective.

Bien souvent les peurs découlent d’une mauvaise évaluation des choses, elles ne sont pas rationnelles. Pour mettre fin à des souffrances il est important de savoir faire la distinction entre nos impressions et la perception. Même si elle part d’une vague sensation, l’impression est une idée sans perception réelle et sans pensée. Si nous nous appuyons sur nos impressions plutôt que sur nos perceptions, nous nous fabriquons une conception déformée de la réalité, et nous pouvons même nous convaincre que ce que nous croyons est vrai. Il faut donc s’efforcer d’observer les autres et les situations afin de désigner la réalité telle qu’elle est, de façon objective, sans jugement, ce qui va permettre une prise de distance qui rend possible le changement.

Si vous êtes dans une situation de dépendance affective et que vous souhaitez en parler à un professionel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

Traiter l’addiction sexuelle

L’addiction sexuelle, comme le jeu pathologique, des achats compulsif, l’addiction au sport etc., fait partie de la catégorie des addictions comportementales. Si le mécanisme addictif est le même pour toutes ces pathologies, chacune présente des caractéristiques qui lui sont propres.

La difficulté dans la dépendance sexuelle est de définir la frontière entre la maladie et l’excès. Car s’il est légitime de traiter une maladie, qu’en est-il de l’excès?

Dans le domaine de la sexualité on a tendance à considérer des mauvaises habitudes ou des excès comme des maladies, à confondre hypersexualité et dépendance sexuelle. Cet amalgame tient du fait que notre rapport à la sexualité est conditionné par des règles morales, sociales et religieuses. Il est plus confortable d’être considéré aux yeux de tous et des siens propres comme malade plutôt que déviant.

La question est donc de savoir où se situe la frontière entre le normal et le pathologique pouvant justifier le recours aux soins. En fait, seule la personne concernée peut répondre à cette question car elle seule est capable de déterminer si elle souffre ou non de son comportement, si elle souffre ou non de son incapacité à mettre fin à sa dépendance.

Il existe de multiples façons d’aborder l’addiction, de venir en aide à une personne dépendante. Il n’y a cependant pas de vérité absolue en terme de traitement, seul la personne concernée peut dire avec certitude qu’un traitement lui convient.

Les groupes d’entraide

Les groupes d’entraide tel que les Dépendant Affectifs et Sexuels Anonymes (DASA) vont avoir un puissant pouvoir thérapeutique sur certaines personnes, le rôle du thérapeute étant souvent tenu par le « parrain » ou la « marraine ».

Ces groupes présentent des bienfaits non négligeables. Ils permettent notamment aux personnes dépendantes de sortir de leur isolement et de nouer des liens affectifs avec autrui. Pour certains c’est la dimension spirituelle qui va être salvatrice. Pour d’autres, ils représentent une alternative au parcours médical dont ils se sont lassés ou refusent d’y avoir recours.

Le soucis est que parfois la dépendance va se déplacer sur le groupe voire un des membre du groupe que l’on va vouloir « sauver ». En outre, nouer des liens affectifs forts avec des personnes en aussi grande vulnérabilité que soi-même n’est pas toujours salvateur. Une autre critique que l’on pourrait émettre est la dramatisation que font ces groupe de la rechute, entraînant indubitablement des sentiments de honte et de culpabilité intenses.

Malgré cela, les groupes d’entraide sont, depuis 1935, le traitement le plus répandu de toutes les addictions au niveau mondial.

Les cliniques de désintoxication américaines

Très en vogue aux Etats-Unis, ces cliniques VIP (six semaines entre 40 000 et 65 000 euros pour une sex rehab) sont le reflet d’un modèle sociétal où la morale tient une place prépondérante. En effet, elles accueillent quantité de personnalités pour lesquelles on a fait de l’infidélité une maladie. Tiger Wood en est l’exemple le plus frappant. En se déclarant victime d’une addiction il a réussi à échapper aux accusations de mauvaise conduite et à susciter la compassion du peuple américain.

Aux Etats-Unis, l’adultère est considéré comme un problème de société, à l’instar de l’alcoolise ou de la toxicomanie. Les hommes infidèles sont étiquetés comme sexuellement dépendants (on a vu émerger des cellules d’assistance téléphonique pour les victimes d’adultère!). Outre l’infidélité, de nombreuses autres formes d’activités sexuelles sont également culpabilisées, notamment tout ce qui touche au cybersexe. Ce n’est pas étonnant que de nombreux Américains se bousculent dans ces onéreux centres de désintoxication, tant les critères d’une éventuelle maladie se sont élargis à de simples conduites sexuelles, discutables seulement moralement.

La simple indication d’un traitement est donc discutable pour ces personnes. Il parait en effet assez compliqué de soigner un malade qui ne l’est pas

Même en cas d’addiction sexuelle avérée, on peut aussi se poser la question de la légitimité d’un enfermement volontaire. Mis à part un risque vital (tentative de suicide par exemple), une dépression ou une désinsertion sociale, il y a peu d’indications à ce genre d’hospitalisation pour une dépendance sexuelle. En addictologie, l’hospitalisation n’est que rarement un impératif médial, les cures en ambulatoire ont des résultats tout à fait similaires.

En fait, ce que proposent ces cliniques surtout est un changement de contexte. En se coupant de notre environnement habituel on se protège de nos conduites devenues automatiques. Le problème est qu’une fois les conditions de vie antérieures retrouvées, on a toutes les chances de rechuter. Le travail doit se faire sur le long cours par une introspection, l’acquisition d’habiletés nouvelles, le dés-apprentissage de certains comportements, une restructuration de pensées étonnées, etc.

Une autre particularité de ces cliniques est que l’entourage est très présent dans la prise en charge. On peut se demander si, au final, ce ne sont pas eux qui sont en demande plutôt que la personne elle-même ; si la thérapie n’est pas en fait réalisée pour eux. Se pose ainsi la question de l’importance accordée à la normalisation sociale plutôt qu’à l’approche individuelle.

Enfin, on peut aussi émettre quelques doutes sur certains aspects de la prise en charge. Le régime est quasi militaire: levé à 5h30, puis série de thérapies individuelles et collectives toute la journée (8H30 de thérapie environ). La chasteté est de règle durant tout le séjour, masturbation incluse. Un travail intense sur la honte et l’aveu est effectué, avec au terme du séjour le « Disclosure Day » (littéralement « Le jour de la révélation« ) où les patients doivent avouer à leur entourage toutes leurs conquêtes une par une.

Le modèle français

En France, nous essayons de distinguer au mieux ce qui relève de la morale, du social, de la justice, et de la réelle pathologie. De même, nous portons une attention particulière à ce qui relève d’une dépendance ou d’excès.

Les excès peuvent parfois être sources de plaisir et bien-être, ou encore être la meilleure solution existentielle (temporaire ou non)  pour faire face à des conflits internes. Il est important de garder à l’esprit la dimension très subjective de ces conduites: les excès de certains constitueront une dépendance pour d’autres. Il faut pouvoir se libérer de la morale, la culture, les traditions pour émettre un jugement objectif, car construire une maladie va avoir des répercussions sur le regard social, mais aussi le regard que les personnes touchées portent sur elles-mêmes.

En France, les personnes présentant une addiction, que ce soit aux produits ou comportementale, sont prises en charge par les CSAPA (Centres de Soins, d’Accopagnement et de Prévention en Addictologie). Leur accès est gratuit, libre et anonyme.

La prise en charge proposée par ces centres est globale, c’est à dire aussi bien médicale, sociale que psychologique. La psychothérapie dispensée tend à être de plus en plus intégrative : elle va utiliser des méthodes issues de la psychanalyse, de la thérapie cognitive et comportementale, des thérapies systémiques… Les querelles d’écoles n’ont plus lieu d’être, il y a consensus pour dire que toutes les approches font preuve d’une certaine efficacité selon le moment de la prise en charge, la personnalité du patient, l’environnement dans lequel il vit, etc.

Des études ont même montré que le contenu théorique des thérapies est en soi assez peu important. Les éléments décisifs sont la persistance dans le traitement, la qualité de l’alliance thérapeutique (la relation de confiance patient/soignant), la qualité du thérapeute à entraîner l’adhésion du patient.

Souvent, les premiers temps de la thérapie sont centrés sur la conduite addictive, son contenu et ce qui la détermine au jour le jour. Il s’agit de comprendre ce qui, dans un site pornographique par exemple, est source de plaisir et de répétition, mais aussi de réfléchir à ce qui déclenche la conduite : sentiment d’ennui, d’incompétence, de frustration, situations de stress, de tension insupportables…

La thérapie des débuts est donc généralement cognitive et comportementale. Elle travaille sur les déterminants de la conduite, qu’il s’agisse de conditions environnementales, d’événements de vie, de représentations de croyances, etc. Des évaluations régulières et conseils peuvent être donnés pour aider le patient à freine ses conduites. Par exemple, pour les accros aux sites pornographiques:

  • installer un filtre sur l’ordinateur.
  • changer d’adresse électronique pour éviter les sollicitations.
  • en rester à la tâche que l’on voulait faire sur internet et ne pas commencer à surfer de manière automatique, ce qui ramène vers les sites pornographiques quasi systématiquement, par habitude.
  • viser l’arrêt complet de la consultation de ces sites dans un premier temps.
  • se réengager dans des activités sociales, culturelles ou sportives…

Avec l’aide de son thérapeute, le patient va se fixer un contrat semaine après semaine afin d’éviter progressivement les situations à risque. Un travail va aussi être effectué sur la prévention de la rechute. Il s’agit d’apprendre à repérer les situations à risque de rechute et à développer des stratégies alternatives pour éviter de « replonger ». Néanmoins, les rechutes sont normales et bénéfiques dans la mesure où elles vont permettre à la personne d’apprendre d’avantage sur son fonctionnement.

Dans un deuxième temps, on en vient à aborder des sujets plus personnels, profonds, sur le sens de l’addiction dans l’histoire du sujet. Ce travail se rapproche d’une thérapie psychanalytique. Assez souvent, un dépendant au sexe va évoquer, avec le temps, son sentiment de dépendance affective, ses choix ou non-choix amoureux, la façon dont depuis l’enfance il a construit des liens avec son entourage, etc. Ces questions vont se révéler aussi importantes que le problème initial, motif de consultation. La thérapie n’a pas pour seul but la disparition d’un symptôme ou d’une conduite, elle peut aussi devenir une quête de soi.

Dans certains cas, un traitement pharmacologique peut être prescrit en complément de la thérapie. Certains antidépresseurs dits sérotoninergiques ont en effet une action anti-compulsive. 

Mais le meilleur traitement reste bien souvent le temps. Ce sont les événements de vie (décès, naissances, mariages…) qui vont amener une personne à mûrir, à prendre du recul, à se remettre en question et à changer. On parle de « maturation spontanée » pour caractériser ces évolutions au fil de l’existence. Ce qui ne veut pas dire qu’elles se font facilement, sans efforts ou soutien psychologique.

Une psychothérapie est souvent nécessaire pour accompagner la personne dans ce processus de maturation, de réflexion sur soi, de remise en question. C’est la bienveillance du thérapeute, la relation de confiance que l’on entretient avec lui, sans jugement moral avec une parole libre et décomplexée, qui va permettre de trouver les ressources pour affronter son trouble.

Si vous pensez avoir un problème d'addiction sexuelle et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

Aide aux victimes des attentats

Ceci est le résumé d'un article que j'ai écrit que vous pouvez trouver à l'adresse suivante: 

http://www.huffingtonpost.fr/leonor-bruny/6-mois-apres-les-attentatats-de-paris-victimes_b_9901522.html

Toutes les victimes des attentats ne vont pas être traumatisées ce qu’elles ont vécu. Le terme de traumatisme psychique est entré dans le langage courant pour désigner un état de choc psychologique, mais il s’agit en réalité d’un véritable trouble mental avec des symptômes spécifiques.

Etre traumatisé ce n’est pas seulement ressentir une tristesse intense, être sans voix face à l’horreur ; mais c’est présenter des symptômes profondément handicapants au quotidien tels que des flash-back permanents de la scène, un évitement de toutes les situations pouvant rappeler l’événement et une hypervigilance corporelle (c’est à dire être sans cesse en état d’alerte, sur ses gardes).

Chez certains ces symptômes post traumatiques sont très légers voire inexistants, alors que chez d’autres ils peuvent être intenses. De la même façon, certaines personnes peuvent les présenter de manière transitoires alors que chez d’autres ils vont être chroniques.

La réaction face à un événement traumatique est en fait très personnelle, il n’y a pas de norme. Elle va dépendre du tempérament et des traits de personnalité de chacun, lesquels définissent une plus ou moins grande sensibilité au stress.

Ce qui est en jeu dans ce type de réactions c’est la mise à mal des croyances fondamentales que l’on a sur soi même et le monde. On a en effet tendance à penser le monde comme un endroit bon et juste, les autres comme des personnes bienveillantes et soi même comme un être invulnérable.

Ces croyances nous permettent de nous sentir en sécurité donc de pouvoir mener une existence sereine. Lorsqu’on est traumatisé on ne se sent plus en sécurité, on perd toute confiance en le monde qui nous entoure et en notre capacité à braver les dangers, c’est la peur qui domine notre vie.

Lorsque l’on a réussi à dépasser l’état de choc psychologique initial et à faire face aux symptômes invalidants de l’état de stress post traumatique, l’étape suivante est de mettre un sens sur ce qui nous est arrivé.

Comment est-ce possible de donner du sens à un tel événement ?

Donner du sens à l’événement traumatique c’est se dire qu’il n’a pas été vécu en vain, qu’il est possible de transformer l’horreur en un élément positif et constructif. Ce n’est pas oublier, mais faire en sorte que cet événement appartienne au passé. Pour certains c’est l’occasion de changer, d’apprendre sur soi, de remettre en question un mode de vie qui n’était pas pleinement satisfaisant en réalisant à quel point la vie est fragile. Pour d’autres, cela va être une occasion de se tourner vers autrui, prendre soin des victimes, dénoncer des violences

Un soutien psychologique peut s’avérer parfois nécessaire pour aider la personne à mettre du sens sur le drame qu’elle a vécu. Consulter un psychologue spécialisé dans les traumatismes psychiques peut permettre de faciliter la réflexion. Ce travail vient en complément de celui réalisé par l’entourage, dont le rôle est d’encourager et accompagner la réflexion ainsi que les démarches entreprises pour transcender le traumatisme.

Si vous avez été témoin ou victime directe d'attentats et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

La question des prêtres

Ceci est le résumé d'un article que j'ai écrit que vous pouvez trouver à l'adresse suivante:

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1515707-qui-se-cachent-derriere-les-pedophiles-tous-ne-sont-pas-les-monstres-que-l-on-s-imagine.html

La personne pédophile ne va pas choisir de devenir prêtre car elle y voit le cadre idéal pour assouvir ses désirs. Ce n’est pas non plus parce que le prêtre va être frustré sexuellement qu’il va finir par se tourner vers les enfants.

L’hypothèse la plus probable est que le pédophile voit en la religion une protection contre ses penchants. Plus précisément, il va penser que la puissance de l’interdit religieux reste la seule solution pour contenir ses fantasmes.

Seulement, le rôle privilégié du prêtre auprès des enfants va en fait faciliter le passage à l’acte. D’autant que loi du silence au sein de cette institution fournit une couverture idéale. Ajouté à la notion de pardon qui est très importante, au fait qu’il existe une justice de dieu pouvant se substituer à celle des hommes et à une certaine difficulté de la religion à concevoir la pathologie mentale, au final la protection contre un potentiel passage à l’acte est complètement illusoire.

Si vous avez été victime d'actes pédophiles et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

La protection de l’enfant

La prévention se situe à deux niveaux, du côté des agresseurs et du côté des victimes. Mettre en garde son enfant contre les dangers de la pédophilie c’est tout d’abord lever le voile sur cette pratique, arrêter de penser le pédophile comme l’inconnu qui va enlever un enfant à la sortie de l’école. La très grande majorité des abus sexuels sont le fait d’un membre de l’entourage, il est donc primordial de rester alerte aux adultes qui entourent l’enfant.

Quelque soit la provenance du danger, l’important est que l’enfant ait appris d’une part à se sentir propriétaire de son corps et d’autre part à savoir imposer son non. Souvent, les enfants abusés sont des enfants dont le non n’a pas été entendu ni respecté, donc pour qui il n’a pas de valeur. Ils se sentent comme des êtres soumis aux injonctions de l’adulte. L’absence de respect du non de l’enfant n’est pas la prérogative du parent abusif. Nous le faisons tous à différents niveaux, par exemple lorsqu’un enfant n’a pas envie d’embrasser une personne ou n’a pas envie d’aller chez une autre et qu’on lui force un peu la main. En décidant pour lui des contacts qu’il doit avoir avec autrui on lui ôte toute confiance en son propre jugement. De plus, un enfant qui n’est pas entendu est un enfant à qui on supprime la possibilité de demander de l’aide. Dans l’esprit de l’enfant, tous les adultes incarnant l’autorité parentale, ils est facile de se constituer en tant qu’être tout puissant à ses yeux. Ainsi, ces éléments, associés à une personne personne malveillante font le lit des abus.

Les enfants surprotégés, sources d’inquiétude excessive de la part des parents, sont eux aussi vulnérables. En effet, sujets à une sollicitation sexuelle, ils vont tout de suite être débordés par l’angoisse et donc perdre tous leurs moyens. De même, les enfants à qui l’interdit de l’inceste n’a pas été clairement énoncé vont être des proies faciles pour les agresseurs car ils ne vont pas savoir distinguer amour et sexualité ainsi que sexualité des adultes et sexualité des enfants.

Lorsqu’il se sent en danger l’enfant donne toujours des indices, de même qu’il va tenter de raconter au mieux sa souffrance lorsqu’il est abusé. C’est aux adultes de savoir l’écouter, d’être sensible à sa parole mais aussi aux autres modes d’expression comme le jeu, le dessin, le corps… L’affabulation est extrêmement rare chez les jeunes enfants, ils savent qu’en mentant, ils s’attireraient plus d’ennuis que de soutien. Quand ils mentent, c’est souvent dans le cadre d’un conflit de loyauté, l’enfant est manipulé par l’adulte qui lui suggère ses propos. Pour cette raison, il faut toujours porter une grande attention à la première révélation qui est généralement la bonne.

Signes d’un abus chez l’enfant

Lorsqu’un enfant est ou a été abusé son comportement va changer, on observe une rupture avec sa façon habituelle de fonctionner. Comme il n’est pas toujours capable de dire ce qu’il vit ou a vécu, il va tenter de l’exprimer autrement. Il peut devenir triste, instable, s’isoler, refuser d’être seul avec certains adultes, présenter des troubles du sommeil, de l’alimentation, ou des difficultés scolaires. Chez certains on peut noter une masturbation compulsive, des comportements sexuels exagérés, des dessins explicitement sexuels voire un brusque intérêt pour les parties génitales des adultes. D’autres vont développer une phobie soudaine de certains lieux, des plaintes somatiques ou encore présenter une perte d’intérêt pour les activités et loisirs habituels. Chez les adolescents la souffrance peut s’exprimer au travers de tentatives de suicide, fugues, scarifications, consommation de substances etc.

Si vous avez été victime d'actes pédophiles ou si vous soupçonnez un abus sur un enfant de votre connaissance et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris