L’origine de l’addiction sexuelle

Carences affectives

L’attachement addictif à une drogue ou à une conduite vient souvent combler une pathologie du lien avec les premiers objets d’attachement, c’est à dire les parents ou substituts parentaux. Qu’il s’agisse de carences affectives, de deuil, de négligences, de maltraitance ou encore d’inceste, l’enfant insuffisamment sécurisé par les adultes censés en prendre soin ne va pas être en mesure, en grandissant, d’investir de façon saine de nouveaux objets d’attachement (partenaires amoureux). Il a construit l’idée que l’amour est dangereux et que pour ne pas détruire ou être détruit il faut s’en protéger. C’est donc dans un soucis d’auto-préservation que l’enfant devenu adulte évitera les relations amoureuses et orientera sa sexualité vers des pratiques ne faisant intervenir aucun affect : masturbation devant des vidéos pornographiques ou rapport sexuels avec des partenaires objectifiés.

Mais ce manque affectif finit lui-même par devenir source de souffrance et, mis face à son incapacité à nouer un lien amoureux, l’individu se réfugie dans la seule chose qui le soulage : le sexe. Les rapports sexuels sont souvent très ritualisés, la préparation, l’acte lui-même et l’après, suivent un mode opératoire quasi identique. Cette séquence comportementale prévisible est rassurante puisqu’elle se substitue à l’incertitude des relations humaines. Pourtant, à mesure qu’elle va répéter cette séquence, la personne prendra conscience du caractère mécanique et désincarné de sa sexualité ce qui ne fera que renforcer sa détresse.

Psychotraumatisme

L’addiction au sexe peut aussi venir en réponse au traumatisme d’une agression sexuelle. La personne va alors utiliser le sexe comme moyen de dissociation. Dans le champ du psychotraumatisme, la dissociation est un mécanisme de défense qui permet de se déconnecter de ses émotions et du souvenir obsédant de l’événement traumatique. En rappelant à la mémoire le traumatisme, le rapport sexuel a le pouvoir de dissocier immédiatement la personne. Parce que le cerveau sera en état de stress dépassé, il va spontanément se déconnecter, comme s’il subissait un court-circuit. Le circuit émotionnel et le circuit de la mémoire disjonctent donc aussi sur-le-champ. Grâce à cette anesthésie cérébrale, le souvenir intrusif de l’agression ainsi que les émotions douloureuses qui l’accompagnent vont être remplacés par un vide apaisant. La personne n’éprouvera plus la culpabilité de mériter ce qui lui arrive puisqu’elle va s’abîmer de son plein gré dans des fantasmes violents et glauques, la honte de ne pas valoir mieux que ce corps endommagé que l’on peut maltraiter à loisir, et plus généralement des sentiments de dégoût de soi et de la vie. Elle réalise rapidement que pour vivre dans un état continuellement anesthésié, il lui suffit de s’exposer de manière répétitive au situations ayant le pouvoir de la dissocier. Une fois la dépendance installée, il lui devient alors impossible de faire le lien entre ses conduites et l’agression sexuelle passée.

Relations fusionnelles

Le développement d’une addiction sexuelle peut aussi être la conséquence de rapports trop fusionnels avec les parents. En renvoyant à l’enfant l’image d’un être fragile et incapable d’être indépendant, les parents s’assurent qu’il ne se séparera jamais d’eux. Il est fréquent que ces enfants, une fois adolescents, mettent à mal l’enfant idéal fantasmé par les parents en fuyant dans des conduites transgressives. Cette attitude a pour objectif de provoquer une séparation qu’ils ressentent comme salvatrice. Seulement, pour certains, la séparation désirée sera tellement angoissante qu’ils se réfugieront dans un produit ou une conduite capables de remplacer leur dépendance affective aux parents par une autre dépendance. Le sexe devant un écran ou avec des partenaires interchangeables répond parfaitement à l’ambivalence de ces adolescents puisqu’il est à la fois une conduite transgressive en mesure de les éloigner de l’amour parental et une barrière au lien amoureux authentique pouvant provoquer la perte de l’amour parental.

Hypersexualité, addiction sexuelle et traits de personnalité

Parmi les traits de personnalité qui caractérisent le mieux les personnes hypersexuelles et addicts au sexe se trouve la recherche de sensations. Selon la définition de Zuckerman, ce trait implique « le besoin d’expériences et de sensations variées, nouvelles, complexes, et la volonté de s’engager dans des activités physiques et sociales risquées, expériences recherchées pour elles-mêmes ». La recherche de sensations est ainsi la première explication de nos différences d’attitudes envers le hasard et le risque : c’est par besoin de fortes stimulations que l’on s’exposerait à des situations dangereuses. La prise de risque est vécue comme une épreuve que l’on peut traverser avec succès, voire à l’extrême comme une séquence de mort suivie de résurrection. C’est le principe des conduites ordaliques : risquer sa vie au sens littéral ou figuré, s’en remettre au hasard, à la chance, pour en sortir victorieux, prêt à une nouvelle vie.

Cette mise en danger a toujours deux facettes : abandon ou soumission au verdict du destin, mais aussi tentative de maîtrise, de reprise du contrôle de sa vie. Il s’agit d’un risque choisi et non subi, les personnes en attendent un mieux-être même s’il n’est pas forcément conscient. La notion même de mise en danger est biaisée car elles ont le sentiment de maîtriser la situation, ce qui modifie nécessairement leur rapport au risque.

Le risque peut être de différentes natures : risque mortel au sens propre ou mort symbolique familiale, sociale ou professionnelle. Il existe ainsi une part transgressive d’une forme de loi sociale dans cette fuite en avant. On élude les choses censées nous rendre heureux aux yeux de la société, les messages de santé publique de prévention pour certains, on remet en cause la loi établie pour interroger une loi supérieure divine. Cet attrait pour la transgression rejoint la recherche de sensations dans le sens où transgresser procure pour certains un sentiment d’excitation.

C’est bien sûr dans l’histoire personnelle de la personne qu’il faut chercher le sens des conduites ordaliques. Généralement, il s’agit de tentatives de réparation de carences infantiles ou bien d’une réaction à la suite d’un événement traumatique où la personne a cru mourir. L’individu va interroger le destin ou le hasard pour justifier son droit à vivre, il va tenter de fonder la légitimité de sa propre existence, de prouver sa valeur, dans une démarche solitaire en se confrontant à la loi morale, sociale ou judiciaire.

L’addiction sexuelle

L’addiction peut se définir comme « la perte de la liberté de s’abstenir ». Autrement dit, ce qui caractérise l’addict c’est le fait d’être esclave d’un produit ou d’un comportement. Dans l’addiction sexuelle, la consultation frénétique de sites pornographiques ou la multiplication d’aventures sexuelles devient compulsive, c’est à dire que des forces intérieures poussent la personne à avoir recours au sexe : il lui est donc impossible d’y résister. Une fois l’acte sexuel accompli, à peine soulagée, elle est de nouveau en proie à l’insatisfaction et donc à l’impérieux besoin de recommencer.

Le processus de l’addiction

Quelle que soit l’addiction, tout commence par une expérimentation. Cette expérience initiale a souvent fonction de révélation, c’est pourquoi la personne va vouloir la reproduire. Dans un premier temps, ce sera de manière occasionnelle, dans un contexte récréatif, puis, par la suite, l’escalade dans les difficultés existentielles va la pousser à répéter cette expérience jusqu’à en perdre le contrôle. Elle devient alors une réponse nécessaire pour aller moins mal, la dimension de plaisir s’efface progressivement au profit de la recherche du soulagement immédiat.

En s’imposant ainsi à la personne, la conduite elle-même devient source de souffrance. L’addict est en proie à des sentiments de honte, de culpabilité ou encore de profond désespoir face à son incapacité à mettre fin à un comportement qu’il réprouve. S’il n’arrive à se passer de sexe c’est parce qu’un manque physique et psychique insupportable se fait ressentir dès qu’il en est privé : sensation de devenir fou, perte de contrôle de ses émotions, pensées envahies par des images relatives au sexe, bouffées de chaleur, mâchoire crispée, cauchemars, insomnies, etc.

Pour anesthésier ces nouvelles angoisses venues renforcer celles déjà préexistantes, l’individu va se réfugier dans une fuite en avant, répétant inlassablement les même conduites, apaisantes à court terme mais problématiques à long terme. Il est ainsi pris au piège d’un comportement dont il est à la fois l’auteur et la victime. Au problème à l’origine de la conduite s’est substitué un plus gros problème : celui de la conduite elle-même. La personne n’est plus en mesure de penser aux raisons qui l’ont poussée à avoir recours au sexe comme moyen de soulagement tant elle est prise dans une spirale infernale où ses conduites sont à la fois l’unique solution à ses yeux en même temps que son plus grand problème.

Les conduites addictives apparaissent souvent à l’adolescence et tendent à évoluer au cours de la vie. Elles fonctionnent généralement en réseau : on est rarement addict à un seul produit ou comportement. On peut par exemple être addict au cannabis et aux jeux vidéos à l’adolescence, déplacer son addiction sur la cigarette, la cocaïne et le sexe au début de l’âge adulte, puis se perdre dans les jeux de hasard et l’alcool. L’addiction est donc un processus bien ancré et auto-destructeur, signe d’une fuite de soi et de la vie plutôt que de problèmes passagers.

La sévérité de l’addiction

Le trouble addictif peut être plus ou moins sévère. Les personnes les plus vulnérables sont celles pour qui l’engloutissement est tel qu’elles finissent par désinvestir toutes les autres sphères de leur vie : sociale, familiale, professionnelle. Plus rien ne compte en dehors du plaisir et du soulagement procuré par le sexe. Les préoccupations sexuelles deviennent si envahissantes que l’individu n’est plus en mesure de se concentrer sur quoi que ce soit d’autre. L’essentiel de son temps est consacré à séduire, à parcourir internet à la recherche de vidéos pornographiques ou de partenaires sexuels, puis à passer à l’acte.

Un autre marqueur de sévérité réside dans l’escalade dans les fantasmes. Ce qui excitait au début ne suffit plus, le contenu des vidéos pornographiques est de plus en plus hard, les pratiques sexuelles de plus en plus extrêmes. La personne est progressivement happée par un univers sexuel violent et lugubre qui la rebute mais dont elle ne peut s’échapper. Pour certains, cela peut aller jusqu’à la consommation de pédopornographie. Cette violation de la loi constitue souvent un motif de consultation : la personne a franchi une limite qui l’effraie, aussi bien sur le plan psychologique (elles craint avoir développé des tendances pédophiles) que légal (elle vit dans la peur d’être appréhendé par la justice). Le roman d’Hubert Selby, Le Démon, illustre bien cette descente aux enfers née d’une insatisfaction permanente, d’un mal-être impossible à combler, qui poussent le personnage aller chercher toujours plus loin de quoi se soulager.

Plus l’addiction est sévère, plus la personne va ressentir les effets du manque. Le syndrome de sevrage est le même que dans l’addiction à une substance : l’individu est en proie à un mal être physique et psychique insupportable. Dans les addictions légères, le manque se manifeste principalement au niveau psychologique. L’angoisse ressentie est importante mais le sujet est en mesure d’attendre qu’elle se dissipe sans se sentir trop paralysé. Il lui est ainsi possible de vivre des périodes plus ou moins longues sans sexe. Dans les addictions sévères, le manque est à la fois physique (sudation, tremblements, perte d’appétit, cauchemars, insomnies, etc.) et psychique (angoisses anéantissantes). La personne ne peut plus maîtriser ni ses pensées ni ses émotions, elle se sent dépossédée de son être. Elle croit devenir folle et la mort s’impose comme seule issue possible. Chez ces addicts sévères, le sexe fait donc office de protection face à un effondrement massif voire une mort certaine. Les rechutes sont fréquentes car il leur est impossible de résister très longtemps au besoin de sexe.

Néanmoins, le faible degré de sévérité ne doit pas servir à mettre en doute l’existence de la pathologie. Il serait malavisé de définir un seuil à partir duquel une consommation de sexe peut être considérée comme pathologique. La seule limite fiable, qui fait basculer dans le registre d’une addiction, réside dans la demande du sujet. Lui seul est en mesure de dire s’il souffre d’un comportement dont il se sent l’esclave au point de ne pas arriver à y mettre fin sans aide extérieure.

L’hypersexualité

L’hypersexualité pourrait se définir comme une activité sexuelle soutenue source de plaisir et d’épanouissement, nécessaire à l’équilibre psychique de la personne. C’est un comportement sain dans le sens où il est adapté à la personnalité de l’individu, à ses envies, à ses besoins. Dans la majorité des cas,  il s’agit d’un choix de vie personnel, aucunement source de souffrance. Si certains peuvent ressentir un mal-être vis à vis de leurs conduites sexuelles, c’est souvent parce qu’elles entrent en conflit avec des valeurs morales ou religieuses. Cette détresse ne doit pas être confondue avec celle de l’addict sexuel qui dépasse largement les interrogations relatives à l’éthique personnelle.

Les fondements de l’hypersexualité 

Les mécanismes psychologiques qui sous-tendent ce type de conduites sont très variables d’un individu à l’autre. Une activité sexuelle riche peut être une manière de combler l’ennui, de relâcher la pression, de fuir un quotidien monotone. Elle peut aussi constituer un moyen de  réassurance sur ses performances, sur sa capacité de séduction. Nombreux sont ceux qui, à travers des aventures passagères fuient des problèmes de couple (liés notamment à une perte de désir) , ou qui, à l’inverse, tentent de protéger un lien amoureux d’un appétit sexuel ne pouvant être comblé par un seul partenaire. Ces aventures sans lendemain peuvent être tendres et affectueuses ou bien déshumanisées, dans ce cas l’autre n’est qu’un objet de satisfaction de son propre plaisir. Cette dimension objectale de la relation n’est pas problématique chez l’hypersexuel qui reste par ailleurs capable d’investir profondément et durablement une relation ; ce qui n’est pas le cas pour l’addict dont les carences au niveau de l’attachement viennent immanquablement perturber le lien à l’autre.

Pour certains, le recours à la pornographie ou à des partenaires auxquels ils sont sûrs de ne pas s’attacher peut faire office de barrière contre toute tentation d’un nouveau lien externe. La pornographie peut aussi constituer un moyen de se livrer en fantasme à des pratiques que l’on n’assumerait pas dans la réalité, tout comme le choix de clubs spécialisés peut permettre de réaliser des fantasmes inassouvissables avec son conjoint.

Il est possible de voir dans la quête de gratifications sexuelles l’expression d’une insatisfaction permanente où le besoin d’avoir toujours plus implique de laisser libre cours à ses pulsions ; ne rien s’interdire. Précisons qu’il y a une différence entre laisser libre cours à ses pulsions et être, comme l’addict, dans l’incapacité à les réfréner. Cette caractéristique de la personnalité est souvent retrouvée chez les personnes de pouvoir. Le pouvoir est un fabuleux aphrodisiaque, beaucoup s’en servent pour se placer au-dessus des lois, qu’elles soient morales ou juridiques, et la sexualité n’échappe pas à cette inclinaison.

Le risque de glissement

Un comportement hypersexuel peut être un choix de mode de vie durable ou bien  correspondre à une période particulière de l’existence. Parfois il arrive qu’il soit l’amorce de difficultés à venir et glisse ainsi vers une addiction. D’une démarche volontaire pour le plaisir, au fil des années, on passe à une conduite compulsive, échappant à la volonté, davantage dans le registre du soulagement. Les mécanismes de défenses autrefois adaptées ne suffisent plus pour assurer l’équilibre psychique de la personne et elle va trouver dans le sexe une échappatoire aux conflits majeurs émergents.

La représentation sociale de la sexualité

L’addiction sexuelle est un thème difficile à aborder car de puissants codes moraux mettent encore en doute l’existence d’une maladie liée aux excès de sexe. Si depuis une dizaine d’années, le domaine médical reconnaît la réalité de cette pathologie avec notamment l’apparition du terme d’addiction sexuelle, dans l’imaginaire collectif les dérives sexuelles restent associées à un vice, une perversion. S’affranchir de toutes nos représentations ainsi que de tout jugement de valeur, est nécessaire afin de tenter de comprendre ce qu’est réellement l’addiction au sexe. Le regard que nous portons sur la sexualité étant en grande partie conditionné par la société dans laquelle on vit, il est important de rendre compte des normes sociales actuelles en matière de sexualité avant de se pencher plus en détail sur le phénomène de l’addiction sexuelle.

L’ère de la « culture du désir sexuel »

Au cours de ces deux derniers siècles, la lutte pour l’accès au plaisir, la libération de la sexualité, en même temps que les combats pour l’égalité des sexes et pour le droit à la différence, ont profondément modifié notre rapport à la sexualité. Ce qui était indécent il y a cent ans est devenu la norme. On ne nous demande plus de réfréner nos désirs mais de les mettre au jour. La publicité, le cinéma, la télévision, internet et même certains romans tels que Fifty shades of grey véhiculent le même message, à savoir la recherche de plaisir et de sensations fortes comme composantes essentielles de notre vie. Seulement, il nous faudrait jouir, au sens large du terme, sans excès. Tout ce qui déborde de la norme est culpabilisé, et ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne la sexualité. De nouvelles problématiques émergent ainsi de cette entrée dans l’ère de la « culture du désir sexuel ».

La difficulté réside notamment, en ce qu’aujourd’hui, dogme religieux mise à part, la censure n’émane plus d’instances supérieure. C’est à l’individu qu’il incombe de se conduire en consommateur avisé, raisonnable. La seule autorité qui fixe encore des limites est celle de l’État avec les politiques de santé publique. Mais sa tendance à faire de tous nos excès une potentielle maladie peut aisément mener à diagnostiquer malade une personne ayant des conduites, qui au final, relèvent plus d’une activité sexuelle désirée, choisie et assumée. Une activité sexuelle riche, tant dans sa fréquence et ses pratiques que dans la diversité de ses fantasmes, n’est pas forcément signe de déviance. Il faut donc être vigilant quant à l’utilisation du terme d’addiction sexuelle, l’addiction faisant écho à une maladie non à des comportements qui ne correspondent pas à ceux de la majorité. Un grand nombre d’individus se croient ainsi addict au sexe alors qu’en réalité ils souffrent d’un conflit entre leurs désirs et la censure imposée par leurs croyances morales ou religieuses.

La sexualité selon le genre

Notons par ailleurs que si la révolution sexuelle a profité à beaucoup d’entre nous, des divergences persistent dans la représentation de la sexualité au féminin et au masculin. Bien qu’aujourd’hui la femme ait le plus souvent le droit d’exprimer et de vivre ses désirs sexuels sans craindre d’être jugée sur le bûcher des bonnes mœurs, ce n’est qu’avec l’accord tacite de la société que l’homme reste le sexe dominant. Autrement dit, s’il lui est permis d’assumer une sexualité libérée ce n’est que pour mieux séduire l’homme. La façon dont s’habillent certaines femmes, avec une mise en avant du corps toujours plus marquée, signe cette ambiguïté, car sous une apparente émancipation voire prise de pouvoir sur l’homme, cela reflète en réalité leur dépendance au regard et au désir de ces derniers. Plus parlant encore, il s’avère que hommes et femmes confondus tendent à penser que, par nature, les hommes auraient plus de besoins sexuels que les femmes. Ainsi, sous couvert de différences d’ordre biologique, on induit qu’il serait normal voire nécessaire que la femme se soumette aux besoins de l’homme, ce qui revient donc à légitimer des rapports de domination.

La pornographie

On retrouve toute cette idéologie de la sexualité homme/femme dans la pornographie, bastion de l’image de la femme-objet. Elle n’est pas sans conséquences sur la construction psychique des individus. En tant que principal mode d’éducation sexuelle, la pornographie envoie comme message au jeune homme qu’une sexualité normale et épanouie doit ressembler à ce qu’il voit à l’écran, soit des rapports dégradants de domination où l’on se doit d’être performant. Plus encore, elle véhicule l’idée que la femme aime et réclame ce type de rapports.

Au vu de ces éléments, il n’est donc pas étonnant de retrouver une très grande majorité d’hommes pris au piège dans des pratiques d’excès sexuels en tout genre : comportements sexuels violents, utilisation de la femme comme objet sexuel jetable, consommation excessive de pornographie pour fuir des relations avec des partenaires réels où l’enjeu de la performance est trop important, etc. En se rendant complice de ce type d’agissements, la société est partie prenante de l’émergence de nouvelles pathologies telles que l’addiction sexuelle. Mais encore une fois, l’addiction sexuelle est devenue un terme générique, employé à tort et à travers, dès lors que nos pratiques ou nos fantasmes ne collent pas aux normes de la majorité. Pourtant, une activité sexuelle riche, tant dans sa fréquence et ses pratiques que dans la diversité de ses fantasmes, parfois mêmes inavouables, peut être un indicateur de bonne santé mentale. Il faut donc être prudent avec les diagnostics trop hâtifs, il existe une vraie différence entre des comportements que l’on peut qualifier d’hypersexuels et une véritable addiction au sexe.

Le slam : la drogue au service de marathons sexuels

Ceci est le résumé d'un article que j'ai écrit que vous pouvez trouver à l'adresse suivante:

http://tetu.com/2016/04/15/slam-drogue-service-de-marathons-sexuels/

Il est suivi du récit du parcours d'un slameur.

Le slam est une pratique assez récente qui consiste en la consommation de drogues dans le cadre de relations sexuelles extrêmes.  Ce phénomène touche particulièrement le milieu gay au sein duquel il fait des ravages. En effet, la prise de risque aussi bien sur le plan de la consommation de substances que de la sexualité, entraîne de lourdes conséquences sur la santé physique et psychique de ses adeptes.

La drogue phare des soirées slam est la méphédrone. C’est une drogue de synthèse en vente libre sur internet. Elle a pour particularité de décupler les performances et ressentis sexuels ainsi que de couper la sensation de sommeil. Les consommateurs vont donc pouvoir avoir des rapports sexuels non stop durant 24, 48 voire 72 heures.

A long terme, les personnes vont développer une véritable addiction aux produits mais aussi auront des difficultés à envisager une vie sexuelle en dehors de la prise de drogues.

e prétexte à l’usage du produit dont la personne est devenue dépendante. Enfin, on retrouve chez de nombreux slameurs la crainte de ne plus pouvoir avoir une sexualité sans produits.

A cause du matériel échangé et des relations non protégées, les contamination à l’hépatite C et au VIH sont très importantes dans le milieu du slam.

Si vous pratiquez le slam et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

les statistiques sur les violences sexuelles

  • 84 000 femmes et 16 000 hommes âgés de 18 à 75 ans sont victimes de viols ou tentatives de viol chaque année.
  • En ajoutant les mineurs que l’on estime à environ 154 000 victimes, on arrive au chiffre de 25 2000 victimes chaque année.
  • 51% des violences sexuelles sont subies avant 11 ans et 81% avant 18 ans.

  • Les femmes avec un handicap physique ou une déficience intellectuelle subissent 4 fois plus de viols que les autres

  • Au cours de leur vie, 1 femme sur 6 et 1 homme sur 20 déclarent avoir subi des viols ou des tentatives de viol.

  • 1 viol est déclaré toute les 40 minutes

  • Seuls 10 % des viols (et 2% des viols intrafamiliaux et conjugaux) font l’objet de plainte.

  • L’agresseur est connu dans 90% des cas, c’est un membre du ménage dans 54% des cas, un conjoint dans 38% des cas.

  • Moins de 3% des viols, pourtant qualifiés de crimes par la loi, sont jugés en cours d’assise (les autres sont jugés au tribunal correctionnel).*

  • 1% des agresseurs font l’objet d’une condamnation

  • 96% des agresseurs sont des hommes

Au tribunal correctionnel on juge le délit d'agression sexuelle non le crime du viol. C'est à dire qu'on "oublie" le fait que la victime a été pénétrée. Cette décision relevant du procureur ou du juge d'instruction est souvent motivée par le désir de désengorger les tribunaux car ces procès sont moins longs, moins chers, moins éprouvants et sans jurés. L'avocat de son côté peut lui aussi inciter la victime à porter plainte pour agression sexuelle et non pour viol, notamment dans le cas où il s'agit par exemple d'une fille qui sort ivre de boîte de nuit et qui monte dans la voiture d'un inconnu, car aux assises l'avocat de la défense aura tendance à ramener la victime là dessus, à convaincre les jurés de sa responsabilité voire de sa culpabilité, ce qui ne pourra qu'empirer sa détresse. Au niveau des peines, la moyenne en correctionnelle est de 1 an et 9 mois, elle est de 6 ans aux assises. Les relaxes sont deux fois plus nombreuses en correctionnelle. Le délais de prescription passe de 10 à 3 ans pour les victimes majeures et de 20 à 10 ans pour les victimes mineures.
Si vous avez été victime de violences sexuelles et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

Le Trouble Obsessionnel-Compulsif

Le trouble obsessionnel compulsif, plus communément appelé TOC, est une maladie psychiatrique chronique dont les deux principaux symptômes sont les obsessions et les compulsions.

Les obsessions se définissent comme une crainte lancinante de provoquer un dommage, un préjudice ou un malheur si la personne n’y prend pas garde . On peut résumer l’ensemble des obsessions à 4 thèmes principaux :
♦ les obsessions de souillure
♦ les obsessions d’erreur et de désordre
♦ les obsessions de malheur
♦ les obsessions agressives

Les compulsions ou rituels se définissent comme un acte stéréotypé que la personne ne peut s’empêcher d’exécuter. Ce rituel peut s’effectuer physiquement (mouvements) ou mentalement (pensée magique). Ils visent à protéger du danger représenté dans l’obsession. Parmi les rituels les plus fréquents on retrouve :
♦ le lavage
♦ les vérifications, rituels de rangement et de symétrie
♦ les rituels externes (compulsion de répétition de gestes) comme se lever et s’asseoir de façon répétitive, toucher plusieurs fois l’interrupteur
♦ les rituels internes mentaux comme le fait de dire de petites phrases, faire des prières ou de compter mentalement

La majorité des personnes présentent plusieurs types d’obsessions et de compulsions qui varient au fil de l’évolution de ma maladie.

Outre les obsessions et les compulsions, les personnes souffrant d’un TOC présentent une anxiété lancinante, longue, pénible, calmée légèrement et provisoirement par le rituel. Aussi, pour lutter contre leur maladie, elles disposent d’un autre moyen que la compulsion : l’évitement des situations génératrices d’obsessions (évitement des endroits, des personnes, certaines situations, demander à quelqu’un de faire à sa place…)

Une question légitime que se posent les personnes présentant un TOC concerne la cause de la maladie. On ne connaît malheureusement pas la cause de la maladie, ce que l’on sait néanmoins est que le TOC est à la fois une maladie biologique (dysfonction neurophysiologique) et une maladie liée à l’environnement et les apprentissages. Il n’est en outre pas ou peu lié à des facteurs éducatifs et culturels, les facteurs de stress l’aggravent sans en être la cause et il est partiellement héritable génétiquement. Le trouble guérit rarement spontanément, on peut pourtant observer des phases d’amélioration mais aussi une aggravation des symptômes à l’occasion d’un événement particulièrement stressant. Cependant, le fait de ne pas connaître la cause n’empêche pas le thérapeute de soigner/améliorer la maladie.

La thérapie cognitivo-comportementale

Elle va agir non pas sur la cause de la maladie mais sur les facteurs qui maintiennent le trouble. En effet, les rituels et les évitements, en apaisant l’anxiété, vont participer à maintenir la présence des obsessions voire généraliser les situations source d’anxiété. La personne aura ce type de raisonnement : « je crains qu’il arrive quelque chose de grave par ma faute, s’il n’arrive rien c’est grâce à mes rituels et évitements, donc cette crainte est légitime. D’ailleurs si cela fonctionne si bien il n’y a pas de raison que je limite cette technique à qu’un domaine, je pourrais aussi l’appliquer à d’autres situations qui me font peur ».

De cette façon, une personne qui craint de se faire cambrioler et effectue des rituels de vérification lorsqu’elle ferme la porte va finir par vérifier le gaz de peur que la maison brûle, les robinets de peur qu’il y ait une inondation etc. Une personne qui craignait de rater ses examens et se répète mentalement une phrase pour se porter chance va finir pas répéter des phrases pour toute situation appréhendée : ne pas finir au chômage, ne pas tomber malade etc. Au final c’est tout le fonctionnement au quotidien qui va se trouver entravé.

Ainsi, la thérapie va consister en :

remettre en question les pensées irrationnelles : exagération du danger, de la responsabilité de la personne et des stratégies pour le contrôler. La pensée n’a pas le pouvoir que l’on lui donne (ce n’est pas parce que j’y pense que cela va se produire/ avoir un effet).

S’habituer à l’anxiété provoquée par les obsessions en s’exposant à des situations sans faire de rituels. Il s’agit de voir que l’anxiété perd progressivement de sa fréquence, de son intensité et de sa charge anxieuse. C’est une façon de se rendre compte qu’il ne se passe rien quand on ne ritualise pas, la catastrophe appréhendée n’a pas eu lieu donc que les rituels n’ont pas l’effet qu’on leur donne.

Si vous avez un TOC  et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

Les stéréotypes sur le viol

Ceci est le résumé d'un article que j'ai écrit que vous pouvez trouver à l'adresse suivante:

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1499349-viol-les-10-mythes-et-stereotypes-les-plus-courants-demontes.html

Les violences sexuelles sont encore un sujet tabou en France. La loi du silence est de règle autant au sein des familles et institutions que chez la victime elle-même. En effet, envahies par la culpabilité, la honte et la peur d’être jugées, les victimes vont préférer se taire.

Le voile posé sur ce type de violences alimente les fantasmes et fausses croyances. De même, nous sommes peu renseignés sur les conséquences psychologiques de tels actes.

Notre société, encore profondément marquée du sceau du patriarcat, contribue largement à légitimer un certain degrés de violence à l’encontre des femmes. La femme possède encore cette image dans l’inconscient collectif d‘objet de satisfaction sexuel. La parole d’une femme agressée sexuellement est souvent mise en doute: elle fabule, elle exagère ou encore elle est responsable de cette situation car elle a envoyé de mauvais signaux.

Il est important de lutter contre les stéréotypes du viol, ce n’est que comme cela que les victimes sortiront de leur silence et pourront enfin être accompagnées, soignées et obtenir justice. En conséquence de quoi, les agresseurs cesseront d’agir en toute impunité.

Si vous avez été victime de violences sexueles et que vous souhaitez en parler à un professionnel, vous pouvez me contacter, j'exerce en tant que psychologue dans le 10ème arrondissement de Paris

Les clés du bonheur

 La psychologie positive est un champs de la psychologie assez récent qui étudie les mécanismes du bonheur. Voici un petit résumé de recherches qui ont été réalisées sur le bonheur.


♦ 50% de notre niveau de bonheur est déterminé par les gènes, c’est à dire que l’on naît avec une certaine aptitude au bonheur. C’est que que l’on appelle l’indice de base génétique.

♦ 10% de notre niveau de bonheur est conditionné par l’environnement et l’enveloppe externe de la personne : l’endroit où on vit, sa situation financière, son apparence physique, sa popularité, son âge, les biens qu’on possède etc. Bref, tout ce que la société nous présente comme étant important.

♦ 40% de notre niveau de bonheur est dû aux choses que l’on choisi de faire pour être heureux, c’est à dire ce qui provient de l’intérieur de la personne : être en accord avec soi même, être authentique dans ses relations, expérimenter les sentiments d’altruisme, d’empathie, de bienveillance, avoir un sens accru de la communauté, aider et contribuer à un monde meilleur etc.


Par exemple, on sait que les besoins fondamentaux remplis, avoir plus d’argent n’achète pas plus de bonheur. Si la différence entre un gain de 500 euros et 5 000 euros a un impact sur le bonheur perçu, celle entre un gain de 50 000 euros et 500 000 euros ne change rien. A l’inverse, donner quelque chose de soi à celui qui en a besoin, se soucier du bien être de la communauté, croire donc en quelque chose de plus grand que soi même, est source d’épanouissement.


D’autres études ont montré qu’une des clé du bonheur réside dans la recherche de nouveauté. La routine est source d’ennui, il faut varier sa façon de faire les choses au quotidien. Par exemple si l’on va faire un jogging, rien que le fait de changer d’itinéraire peut contribuer à améliorer son niveau de bonheur.


Nous avons tendance à surestimer l’impact des événements heureux et malheureux sur notre vie en pensant qu’ils vont avoir une influence considérable sur celle ci. En réalité, les moments de joie s’estompent assez rapidement, et c’est aussi le cas pour les moments de détresse. Pour accéder au bonheur cela ne sert donc à rien de chercher une succession de réussites, de mettre bout à bout plein de petits moments heureux, ce qui importe c’est le sens global que l’on donne à nos actions. Réussir financièrement, avoir de bonnes relations et un bon job ne rend pas heureux. C’est être heureux qui va pouvoir engendrer ces bénéfices car on va orienter ses actions vers les choses qui nous tiennent à cœur, qui sont en accord avec nous même et nos valeurs.


Un bon moyen d’accéder aux sentiments compassionnels, qui sont source de plénitude, est de pratiquer la méditation. Des études ont montré que lorsqu’une personne est en méditation, les zones du cerveau intervenant dans la production de dopamine et de sérotonine (appelées communément les hormones du bonheur) sont fortement activées. La méditation permet aussi de travailler une certaine spiritualité, de se connecter à l’univers, et ainsi remettre en question ses accomplissements personnels en faveur d’une vision plus globale des choses, plus intégrée, plus collective. Nous vivons malheureusement dans une société qui encourage la compétition plutôt que la collaboration, c’est donc en nous qu’il va falloir trouver cette impulsion même si cela implique d’aller à contre courant de la société dans laquelle on vit.

Il existe pourtant un certain nombre de sociétés qui pratiquent au quotidien cette philosophie du bien être collectif.

Le Bhoutan par exemple a remplacé le concept de Produit National Brut par celui de Bonheur National Brut. L’île d’Okinawa au Japon, appelée aussi l’île des centenaires, n’est pas épargnée par la pauvreté et pourtant toutes les personnes qui y vivent se disent heureuses et ce jusqu’à un âge avancé. Ce qui explique ce bonheur est que l’esprit d’entre-aide y est très prégnant ; les échanges entre voisins y sont extraordinairement ouverts et profonds.


Une autre source de bonheur reste l’activité physique, surtout quand on y met de la nouveauté. Bouger permet de créer de la dopamine, il ne s’agit pas de faire du sport à haute dose si on aime pas cela, mais de jouer, s’amuser en mouvement. Il faut savoir qu’à partir de l’adolescence nous perdons de la dopamine, il va donc falloir trouver des activité qui créent cette hormone.


Enfin, il y a les activités qui nous font habiter le moment, c’est à dire les activités où plus rien d’autre ne compte, où on s’oublie. C’est le cas par exemple des personnes qui jouent d’un instrument de musique de façon automatique ou alors du cuisinier qui va effectuer le même rituel de cuisson, c’est ne penser à rien qu’au moment présent.


Ce qui nous amène à conclure que le bonheur est une compétence à développer, la recette du bonheur n’est pas la même pour tout le monde mais les choses que nous aimons sont souvent similaires et constituent la fondation d’une vie heureuse : jouer, faire de nouvelles expériences, investir ses amis et sa famille, faire choses qui ont un sens, apprécier ce que l’on a…elle rendent heureux et sont gratuites.

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