Affiche de Before Midnight

La psychanalyse à travers le cinéma

Les reproches Before Midnight


Dans une longue scène de Before Midnight, Jesse et Céline se disputent violemment. En apparence, ils parlent de leur organisation familiale, de leurs carrières, de leurs enfants et des sacrifices que chacun estime avoir consentis. Très vite, chacun accumule les arguments et cherche à démontrer que l’autre est responsable de son insatisfaction.

Un psychologue écouterait pourtant cette scène autrement. Il ne chercherait pas d’abord à déterminer qui a objectivement raison, mais à entendre ce que chacun tente d’adresser à l’autre à travers ses reproches. Car une accusation contient souvent, sous une forme détournée, une inquiétude, une demande ou une blessure qu’il est plus difficile d’énoncer directement.

Lorsque Jesse parle de son fils, exprime-t-il seulement une difficulté d'organisation ou également sa culpabilité d'être un père absent ? Lorsque Céline évoque sa carrière, parle-t-elle uniquement de son travail, ou aussi de sa peur d'être toujours celle que l'on sacrifie au profit des désirs des autres ?

Le reproche permet alors de transformer une position vulnérable en position offensive. Il est plus facile de dire « tu es égoïste » que « j’ai peur de ne pas compter suffisamment pour toi », ou « tu m’empêches d’avancer » que « j’ai peur de perdre quelque chose de moi dans notre couple ». À mesure que chacun se défend, ce qu’il cherche réellement à faire entendre devient paradoxalement de moins en moins audible.

Les conflits de couple ne portent donc pas toujours uniquement sur leur objet apparent. Derrière une dispute sur les enfants, l’argent, le travail ou les tâches quotidiennes peuvent se rejouer des questions plus intimes : quelle place ai-je pour toi ? Qu’ai-je dû abandonner pour nous ? Est-ce que mon désir compte autant que le tien ?

Le travail thérapeutique ne consiste pas nécessairement à désigner celui qui aurait raison et celui qui aurait tort. Il peut aider chacun à transformer le reproche en parole plus directement adressée : non plus seulement dire ce que l’autre fait mal, mais parvenir à reconnaître ce que son comportement vient toucher en soi et ce que l’on attend encore de lui.