La psychanalyse à travers le cinéma
Le regard de l’Autre Les Liaisons dangereuses
Dans Les Liaisons dangereuses, Valmont s’est construit une identité de séducteur et de libertin : un homme qui conquiert les femmes sans jamais s’attacher, maîtrise le jeu amoureux et ne dépend de personne. Cette image lui permet notamment de conserver l’admiration et le désir de la marquise de Merteuil, dont le regard compte profondément pour lui.
Mais en séduisant Madame de Tourvel, Valmont est pris à son propre jeu : il tombe réellement amoureux. Assumer cet amour supposerait d’accepter son attachement et sa vulnérabilité, mais aussi de renoncer à l’image d’homme invulnérable qu’il cherche à maintenir aux yeux de Merteuil. Celle-ci comprend précisément où se situe sa fragilité : elle lui fait sentir qu’un libertin amoureux est devenu faible, dépendant, et qu’il n’est plus à la hauteur du personnage qu’il incarnait pour elle.
Valmont se trouve alors confronté à deux désirs : celui qui le porte vers Madame de Tourvel et celui de continuer à être admiré par Merteuil. Mais derrière ce second désir se joue quelque chose de plus profond : préserver l’image qu’il a de lui-même dans le regard de l’autre. Renoncer à Tourvel lui permet de continuer à se reconnaître comme l’homme libre et tout-puissant qu’il prétend être.
Il rompt donc avec Madame de Tourvel non parce qu’il ne l’aime plus, mais parce qu’il ne parvient pas à assumer ce que cet amour révèle de lui. Valmont cède ainsi sur son désir pour préserver une image idéale de lui-même dans le regard de l’Autre.