Affiche de Les Soprano

La psychanalyse à travers le cinéma

Le symptôme Les Soprano


Tony, chef de la mafia, consulte une psychiatre après une crise d’angoisse brutale déclenchée par une scène en apparence anodine : des canards qui s’envolent de sa piscine.

Cette réaction lui paraît absurde. Jusqu’alors, Tony tenait solidement sa place de chef de famille et de parrain, habitué à incarner la puissance et l’autorité. Mais à partir de cet épisode, les crises se répètent et lui échappent. Pour un homme qui s’est construit autour de la maîtrise, cette irruption incontrôlable de l’angoisse est particulièrement difficile à supporter. Aussi humiliant que soit pour lui le fait de consulter une psy, il finit par ne plus avoir d’autre choix que de chercher de l’aide.

Peu à peu, la thérapie fait apparaître que ces crises ne surgissent pas sans raison.

Tony comprend notamment que le départ des canards a réveillé sa peur de perdre sa famille. À partir de là, le travail ouvre sur des conflits plus anciens liés à son histoire familiale. Tony revisite l’image de son père, longtemps idéalisé comme un modèle de puissance et de virilité. Derrière cette force qu’il avait appris à admirer réapparaît pourtant un homme imprévisible et immature. Tony semble avoir transformé très tôt cette violence en idéal pour ne pas avoir à reconnaître combien elle l’avait effrayé.

Sa relation à sa mère révèle une autre forme d’attachement infantile. Livia est manipulatrice et destructrice, mais cela n’empêche pas Tony de rester profondément dépendant de son regard. Il continue d’attendre d’elle une reconnaissance qu’il n’a jamais vraiment reçue : renoncer à l’amour de sa mère, ce serait aussi admettre qu’il ne viendra peut-être jamais.

Les crises d’angoisse peuvent alors être entendues comme l’expression corporelle de ce qu’il ne parvient pas encore à reconnaître en lui : derrière l’homme puissant et maître de lui-même subsistent la peur, la vulnérabilité, la colère, mais aussi le besoin d’être aimé et la crainte d’être responsable de la mort de ses proches. Le symptôme n’est donc pas seulement un trouble à supprimer : il fait surgir ce que la construction virile de Tony avait jusque-là permis de tenir à distance.