La psychanalyse à travers le cinéma
L’idéal de grandeur Marty Supreme
Marty Mauser poursuit un rêve auquel personne ne semble croire : devenir le plus grand joueur de tennis de table au monde.
Son désir lui donne une force considérable. Son ambition le porte et lui permet de croire en lui malgré le mépris des autres. Pourtant, son désir de jouer se transforme peu à peu en nécessité de triompher : il ne lui suffit plus d'aimer le tennis de table, il doit devenir quelqu'un d'exceptionnel pour avoir le sentiment d'exister.
Son rêve prend alors la forme d'une exigence narcissique à laquelle tout doit être sacrifié. Marty ment, manipule et utilise ceux qui l'entourent. Il refuse notamment de reconnaître l'enfant que Rachel attend de lui, mais aussi d'admettre qu'il est amoureux d'elle, comme si toute relation d'amour ou toute responsabilité risquait de le détourner du destin extraordinaire qu'il s'est assigné.
Le film permet ainsi de distinguer le désir d'un idéal de toute-puissance. Un désir peut orienter une vie et aider quelqu'un à se dégager de la place que les autres lui avaient réservée. Mais il peut se transformer en injonction lorsqu'il s'agit de démontrer sans cesse sa propre valeur.
À la fin du film, Marty obtient une victoire, mais celle-ci reste bien plus modeste que la gloire universelle qu'il recherchait. Elle semble pourtant lui apporter quelque chose d'essentiel : il est enfin allé au bout de ce qu'il avait à prouver, au moins à lui-même.
Cette victoire peut alors le libérer de l'obligation de poursuivre indéfiniment son idéal et lui permettre de commencer à investir une vie qui ne serait plus exclusivement consacrée à devenir « suprême ».
Marty Supreme rappelle ainsi que ne pas céder sur son désir ne consiste pas à s'obstiner aveuglément. Cela suppose aussi de pouvoir reconnaître le moment où un rêve vivant s'est transformé en idéal tyrannique et d'accepter que notre désir puisse évoluer sans que cela constitue nécessairement une défaite.