Affiche de Mulholland Drive

La psychanalyse à travers le cinéma

Le rêve Mulholland Drive


Dans Mulholland Drive, Diane, submergée par l'angoisse et la culpabilité, s'endort et rêve. Dans ce rêve, elle devient Betty : une jeune femme talentueuse, admirée et immédiatement remarquée lors de son premier casting. Elle devient tout ce que Diane n'est pas parvenue à être dans sa vie éveillée.

Le rêve réécrit également l'irréparable. Camilla, que Diane a fait assassiner par jalousie, n'est plus morte : devenue amnésique après un accident, elle est recueillie et sauvée par Betty.

Le rêve permet ainsi à Diane d'inverser les rôles. Elle n'est plus celle qui a détruit Camilla, mais celle qui la protège. Elle n'est plus l'actrice rejetée et humiliée, mais la femme choisie et reconnue.

Pourtant, le rêve ne se contente pas de lui offrir une satisfaction imaginaire. Il continue de travailler sur ce qu'elle refuse de regarder en face. Derrière sa jalousie amoureuse apparaît progressivement une blessure plus profonde, liée à la place qu'elle pense ne jamais avoir pu occuper : celle de la femme parfaite.
Lors de son propre casting, ne pas avoir été choisie par le réalisateur l'a blessée bien au-delà d'un simple échec professionnel. Elle s'est sentie rejetée en tant que femme.

Camilla, c'est LA FEMME, celle qu'on choisit, celle qu'on désire. Diane a vécu dans son ombre, allant jusqu'à nouer avec elle une relation amoureuse qui lui permettait d'accéder, à travers Camilla, à cette place d'élue qu'elle pensait pouvoir obtenir et qu'elle a perdue.

Quand Camilla la quitte à son tour pour un homme, ce n'est donc pas seulement elle que Diane perd, mais cette position qu'elle vivait par procuration.
Ce qu'elle croyait vouloir consciemment, être en couple avec Camilla, n'était pas ce qu'elle désirait vraiment. Ce qu'elle voulait, au fond, c'était être Camilla.

C'est pour cela que la faire tuer n'a rien résolu : le problème restait entier, puisqu'il n'avait jamais seulement été question de la posséder, mais de devenir cette femme-là.

Mais le rêve va aussi montrer à Diane qu'elle se leurre en pensant qu'il existe un idéal de féminité, une place qu'une seule femme pourrait occuper. Il lui souffle, à travers l'affiche de Gilda accrochée au mur : « There never was a woman like Gilda. » Cet idéal-là n'existe pas. Personne ne peut vraiment l'incarner, pas même Camilla.